D'un côté, il y a la Chine, qui tarde à accorder à la Suisse un statut auquel elle aspire pourtant depuis 1997 et qui ferait d'elle un pays de destination touristique privilégié pour les habitants de l'Empire du Milieu. De l'autre, il y a l'ambassadeur de Chine en Suisse, indisposé par une plainte déposée dans le canton de Zurich à son encontre. Y a-t-il un lien direct entre ces deux éléments? Au sein de l'administration fédérale, plusieurs personnes qui, vu la sensibilité du dossier, préfèrent taire tant leur nom que leur fonction, l'affirment. Michel Ferla, directeur-adjoint de Suisse Tourisme, souligne de son côté que les relations entre la Suisse et la Chine sont plus que jamais «excellentes» sur le plan touristique – un jumelage d'amitié entre le Cervin et la Yulong Snow Mountain (Lijiang) vient d'ailleurs d'être conclu – et préfère penser qu'il n'y a aucun rapport possible entre les deux dossiers.

L'ambassadeur Chuanfu Wu fait l'objet d'une plainte pour discrimination raciale émanant de l'Action pour le droit à l'autodétermination des peuples. Déposée fin juin auprès du ministère public du district de Zurich, elle vise la diffusion de «propagande diffamante et contraire à la vérité» sur le site de l'ambassade chinoise et dans les brochures de l'office de tourisme chinois basé à Zurich. Son directeur fait ainsi également l'objet de cette plainte, accusé tout comme l'ambassadeur d'avoir «nié, minimisé et justifié» le «génocide» des Tibétains. Rappelons que les Chinois ont particulièrement fait part de leur colère envers le gouvernement suisse lors de la visite officielle du président Jiang Zemin en 1999: des manifestants protibétains étaient parvenus à se hisser sur les toits environnant la place Fédérale pour le huer. Quelques mois plus tard, le procureur général de la République de Genève, Bernard Bertossa, avait classé une plainte contre des manifestants qui s'étaient infiltrés dans le jardin de la Mission de Chine auprès de l'ONU pour les mêmes raisons.

Crainte de répercussions

Au vu de ces dérapages diplomatiques, la Suisse avait craint des répercussions sur son économie et le blocage des négociations à propos des droits de l'homme. Plus récemment, ce sont les manifestations d'adeptes du Falung Gong dans différentes villes suisses qui ont fait monter la moutarde au nez des Chinois. La plainte zurichoise encore en suspens pourrait ainsi être la «goutte d'eau» qui ralentirait la procédure en vue de l'attribution de ce «privilège» à la Suisse, sans pour autant la menacer.

Les Chinois ne possédant pas de passeport, ils doivent entreprendre des démarches particulièrement compliquées pour justifier un déplacement à l'étranger. Les voyages à but touristique ne sont d'ailleurs autorisés que depuis quelques années, mais restent très limités puisque seuls dix-sept pays sont parvenus à obtenir le statut de pays de destination touristique pour les Chinois. Parmi eux figurent essentiellement des pays asiatiques ainsi que l'Australie. Le 9 novembre, la presse chinoise a annoncé que trois nouveaux pays se seraient ajoutés à la liste: l'Allemagne, l'Egypte et Malte. Pour ce qui est de l'Allemagne, deux points doivent encore être réglés: déterminer, sur le plan légal, la compatibilité de l'accord avec Schengen et régler les détails avec la Chine sur les cas de rapatriement (l'Etat chinois ou les agences de tourisme chinoises devraient s'engager à en assurer les frais afin d'éviter des filières de clandestins).

Sur les quelque dix millions de Chinois qui ont voyagé à l'étranger en 2000, un peu plus de 50 000 ont choisi la Suisse, souligne l'attaché de presse de l'ambassade de Chine à Berne. Le chiffre devrait au minimum doubler si la Suisse parvient à être officiellement reconnue comme pays de destination. Michel Ferla est plus optimiste: à ses yeux, le chiffre devrait même être multiplié par dix et de ce fait constituer un apport économique considérable.

«Excellentes relations»

Congbin Sun assure lui aussi que les relations entre la Suisse et la Chine sont «excellentes», que la Suisse ressemble à un «grand jardin» dans lequel les Chinois aiment venir. En clair: l'attaché de presse «pense» que l'on ne peut pas faire de lien direct entre la plainte contre l'ambassadeur chinois et le fait que la demande de la Suisse n'ait toujours pas été exaucée depuis 1997. «Il faut être patient», souligne Congbin Sun. Au fil de l'entretien, il finira toutefois par concéder que cette plainte, «non fondée», n'est pas la meilleure chose qui soit pour consolider les liens entre la Chine et la Suisse et qu'elle pourrait avoir à terme une «certaine influence» sur la décision attendue par les Suisses.

Collaboration: Frédéric Koller, Pékin