Du bon chocolat et du fromage à foison: la Suisse culinaire se résume parfois à ces quelques mots à l’étranger. Si les fabricants surfent sur l’identité suisse pour vendre leurs produits, et si ces recettes font la fierté des papilles des Suissesses et des Suisses, certains sont loin d’être fabriqués dans la Confédération. Et n’ont parfois de Suisse que l’emballage. Tour non exhaustif des produits qui ont quitté le pays.

Le Toblerone, bientôt en partie slovaque

La légende (et ce n’est qu’une légende) racontait que la forme du Toblerone était inspirée du célèbre Cervin. Le groupe Mondelez, une multinationale agroalimentaire américaine spécialisée dans la vente de biscuits et de chocolats, a décidé d’éloigner la production des Toblerone de la célèbre montagne qui orne l’emballage: une partie sortira de l’usine de Bratislava, alors qu’elle était depuis plus de cent ans exclusivement réalisée sur le site de Brünnen, un quartier de la ville de Berne; d'ailleurs c'est bien l'ours cantonal qui figure sur une face de la montagne, de manière un peu subliminale. C'est de l'usine de la capitale slovaque que sortent les chocolats des marques Milka et Suchard.

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La vache Milka est suisse, mais pas le chocolat

Le bovin icône de Milka est inspiré de la race Simmental, originaire de l’Oberland bernois. Si la marque s’appuie sur les paysages du pays alpin pour vendre ses produits, son chocolat est produit dans une dizaine de pays européens et jusqu’au Brésil; mais, selon les dernières connaissances, pas en Suisse. La marque Milka, créée par Suchard en 1901 en Suisse, appartient désormais, comme Toblerone, au groupe américain Mondelez International.

Les Sugus: de Neuchâtel, à la Chine, en passant par Tourcoing

«À l’origine, c’est un bonbon de forme carrée, de 4 cm2, haut de 7 mm. Dans un endroit frais et sec, les Sugus se conservent environ dix ans.» Ainsi les bonbons fruités sont-ils décrits sur la page Wikipédia à leur effigie.

Ces bonbons qui font la joie des enfants étaient produits jusqu’en 1993 à Neuchâtel par Jacobs-Suchard-Tobler. Une partie de la fabrication de «la fameuse pâte lisse qui ne colle pas aux dents» a ensuite été transférée en France. La production de Reims a été délocalisée en Chine par le groupe américain Wringley, mais reste celle de Tourcoing, dans les Hauts-de-France. A savoir qu’en Chine et dans plusieurs autres pays asiatiques, les Sugus sont courus et sont parfois synonymes de porte-bonheur.

Ovomaltine, «un médicament» décliné en produits dérivés

La poudre à base de malt d’orge a été inventée en Suisse, mais elle est produite partout dans le monde, ou presque. Ovomaltine et ses dérivés (muesli, pâte à tartiner, barre à croquer) sont produits à Bangkok, Shanghai, Melbourne et en Suisse à Neuenegg, dans le canton de Berne. C’est dans la capitale helvétique qu’un pharmacien mit au point la recette afin de lutter contre la malnutrition à la fin du XIXe siècle. La marque appartenait à une filiale du groupe Novartis, avant d’être cédée à la multinationale britannique Associated British Foods en 2002. Le groupe veveysan Nestlé a acquis par la suite les droits de commercialisation d’Ovomaltine pour les Etats-Unis.

Du gruyère made in USA

Souvenez-vous: un jugement rendu en janvier 2022 aux Etats-Unis a fait trembler le pays. Selon une cour américaine, les producteurs de fromage ont gagné le droit de vendre leur fromage sous l’appellation «gruyère». Justification: Le terme «gruyère» est compris par le public américain comme un terme générique qui ne se réfère pas nécessairement à une zone géographique en particulier. Du gruyère pourrait désormais être fabriqué à des dizaines de milliers de kilomètres de son berceau fribourgeois. A moins que la décision soit renversée par l’appel des producteurs suisses.

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