L'émission de débats Infrarouge que produit la RTS demeure peu ou prou un passage incontournable pour tout candidat qui veut s'offrir une visibilité romande et renforcer la crédibilité de sa candidature aux élections fédérales. Même si la députée écologiste n'est pas novice en matière de querelles télévisuelles, nourrie par ses innombrables passages sur la télévision genevoise Léman Bleu, Lisa Mazzone n'a pas manqué de se préparer à l'examen qui peut parfois se révéler assassin. Revue de presse, révision des statistiques et des chiffres qu'on lance à l'ennemi pour le faire taire, préparation des "punch-lines", il n'est pas question de faillir à trois semaines seulement des élections fédérales. Et surtout pas sur l'immigration, un thème chère à la candidate qui s'est évertuée à repositionner son parti à gauche depuis qu'elle a repris les rênes des Verts genevois.

Il est 20h05 lorsque débute l'enregistrement de l'émission. Face à elle, trois hommes de droite dont un interlocuteur avec lequel elle a l'habitude de croiser le fer: Yves Nidegger, conseiller national UDC. Un élu qu'elle ne craint plus, avouera-t-elle plus tard, maîtrisant l'argumentaire de son adversaire quasi sur le bout des doigts. Dans les toutes premières minutes, la candidate vante les bienfaits de l'immigration en rappelant l'importance qu'a Xherdan Shaqiri au sein de l'équipe suisse de football. Propos intelligible pour tous, tirant sur la corde sensible de la fierté nationale, l'élue marque des points. "Je l'avais préparé, cet argument-ci", confesse-t-elle après l'enregistrement. Quelques minutes plus tard, Lisa Mazzone tacle son adversaire de droite: "Pour un élu qui n'aime pas les chiffres, vous en avez énoncé quand même pas mal." En plateau, l'audience sourit. Mais les applaudissements peinent à suivre, malgré ses neuf invités présents dans le studio. Même la formule "là, on voit trois politiciens transis de peur" qu'elle adresse au banc de la droite ne générera pas un seul soubresaut d'un public, acquis à la discrétion toute helvétique.

Les minutes s'écoulent avec une rapidité déconcertante. Le temps passe si vite que la candidate à la Chambre basse se voit plusieurs fois interrompue par le journaliste. Arrivée aux loges, l'intéressée s'en mordra les doigts. "Je savais que mes réponses étaient trop longues. Je dois absolument finir mes phrases même si le journaliste me coupe la parole", répétera-t-elle comme un mantra. A ses côtés, un supporter de la première heure la réconforte en vantant sa prestation: "C'est la seule qui montre autant de hargne que d'empathie dans cette campagne".