Le Temps: La Suisse compte 26 cantons et demi-cantons. Ce morcellement est-il adapté aux défis du XXIe siècle?

Ola Söderström: Ce découpage est dépassé. Il y a une disjonction croissante entre l’espace politique, qui a une forte permanence dans le temps, et les espaces de la vie sociale et économique qui, eux, ne cessent de se dilater. La vie quotidienne des Suisses se déroule de plus en plus à une échelle intercantonale, comme le montre le nombre croissant de pendulaires. Un redécoupage territorial est donc nécessaire. Mais c’est un processus délicat pour deux raisons. D’abord parce qu’il n’est pas aisé d’identifier les critères permettant de déterminer les contours d’un espace politique pertinent. Ensuite, parce que la Suisse a été fondée sur le fédéralisme, la subsidiarité et la reconnaissance de la diversité, principes qui continuent à faire consensus. Il ne s’agit donc pas de se débarrasser du fédéralisme, mais de le mettre à jour. Car sa version actuelle est obsolète, comme le montrent les problèmes rencontrés en matière de politique de la santé et d’éducation.

– Quel découpage faut-il privilégier?

– A terme, on peut imaginer avoir un ou deux cantons pour l’ensemble de la Suisse romande. Mais il est politiquement raisonnable de passer par des étapes intermédiaires. A ce titre, la réunion des deux Juras et de Neuchâtel constituerait une étape importante. Cela créerait un canton de près de 300 000 habitants avec une meilleure masse critique. De quoi permettre à l’Arc jurassien de disposer d’une force d’initiative et d’une assise financière plus forte pour renforcer ses atouts et combler son retard en termes d’équipements. Aujourd’hui, nous n’avons par exemple pas de grand centre de congrès. C’est une lacune importante.

– De tels regroupements permettraient-ils de rivaliser avec les grandes régions européennes?

– Ce serait un progrès important. Je travaille actuellement à Lyon. Avec l’agglomération, cela représente 1,7 million d’habitants. Cela offre un dynamisme assez impressionnant, avec des équipements et une activité économique qui permettent d’exister en tant que région. Cela n’empêche pas de réfléchir à de nouveaux découpages. En France, une discussion est ouverte pour transférer certains pouvoirs du département aux aires urbaines. C’est un chantier permanent.

– Comment convaincre les Suisses de faire le pas?

– Cela nécessite un important travail pédagogique. Il faut montrer les avantages d’un redécoupage territorial et cesser d’exagérer des différences culturelles prétendument indépassables. Cela passe par des actions concrètes, comme on l’a vu avec Vaud et Genève pour la 3e voie CFF. Il faut intensifier les collaborations. Les fusions de communes peuvent avoir à cet égard un effet incitatif. Ces cinq dernières années, on a passé un seuil. Les projets sont mieux acceptés par les citoyens. Si les élus font preuve d’habilité, le processus peut aller assez vite. La crise économique pourrait jouer le rôle d’accélérateur. La Suisse ne peut pas attendre trente ans pour se réformer.