Le tout premier verdict du Tribunal pénal fédéral en matière de crimes de guerre est tombé ce vendredi. Trois mois et demi après la fin du procès de Bellinzone. Alieu Kosiah, ancien membre important du groupe armé Mouvement uni de libération pour la démocratie au Liberia (Ulimo), est reconnu coupable de multiples atrocités commises lors du premier conflit qui a ravagé son pays entre 1989 et 1996. L’intéressé, qui clamait son innocence et se disait victime d’une conspiration, est condamné à une peine de 20 ans de prison. Les juges ont retenu la très grande majorité des 25 chefs d’accusation reprochés. Quatre points ont fait l'objet d'un acquittement.

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Etabli en Suisse depuis 1998 et placé en détention provisoire depuis novembre 2014, Alieu Kosiah, 46 ans, était dépeint comme l’acteur central d’une longue liste de violations des lois de la guerre commises par lui-même ou par les soldats de son groupe Zebra, l’un des bataillons Ulimo (puis de sa branche Mandingo) opposé au Front national patriotique du Liberia (NPFL) du tristement célèbre Charles Taylor, lui-même condamné par un Tribunal spécial pour des crimes perpétrés en Sierra Leone.

Horreurs en série

L’accusation reprochait à Alieu Kosiah d’avoir recruté un enfant soldat de 12 ans (acquitté sur ce point, mais par sur l'utilisation du garçon), son «small soldier», d’en avoir fait son garde du corps muni d’une arme automatique AK-47, son goûteur et son éclaireur sur les lignes de front les plus dangereuses. Blessé lors d’une explosion et longtemps hospitalisé, l’ex-petit combattant a été entendu comme témoin au procès.

La liste des crimes commis dans le comté de Lofa comprenait aussi des pillages, des transports forcés dans des conditions terribles, des tortures infligées à des civils attachés et traînés sur le sol, le viol répété d’une villageoise (partie plaignante), un coup de couteau donné dans le dos d’une victime qui a survécu et porté plainte (acquitté sur ce point faut d'avoir pu établir qui a asséné ledit coup), le meurtre ou la participation aux meurtres de 18 personnes et l’exécution de deux soldats de l’ethnie krahn. Sans oublier le sort terrible réservé à un enseignant de l’Eglise pentecôtiste libre, dont la poitrine a été ouverte à la hache et le cœur arraché par un dénommé Ugly Boy avant d’être mangé cru par les leaders du groupe. Alieu Kosiah a été acquitté de complicité de meurtre sur ce dernier point et reconnu coupable d'avoir participé au terrible festin.

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Rattrapé par ce lointain passé alors qu’il était venu s’établir en Suisse, le prévenu, défendu par Me Dimitri Gianoli, a toujours fermement nié ces exactions, plaidé son acquittement et réclamé une indemnité de 1,3 million de francs. Six des sept parties plaignantes, représentées notamment par les avocats actifs au sein de l’ONG Civitas Maxima, ont fait le voyage de Bellinzone en février dernier pour déposer face au tribunal et dire les souffrances infligées par ce chef de guerre. De son côté, le procureur fédéral Andreas Müller a requis une peine privative de liberté de 20 ans à l’encontre de celui qui a commis des crimes «d’une gravité infinie» ainsi que son expulsion du territoire pour une durée de quinze ans.

Développement suit avec les considérants de la décision