Mobilité, écoles, ou encore réseautage: de nombreux domaines de la société ont été bouleversés par la crise du Covid-19. La pandémie a aussi révélé des fractures sociales et générationnelles de plus en plus grandes. Comment ces changements vont-ils contribuer à façonner la Suisse de demain? «Le Temps» vous propose une série d’articles thématiques.   

Un cours de français improvisé dans le salon, un œil sur la maîtresse qui apparaît à l’écran, un autre sur le cahier de son adolescent. C’est la petite révolution scolaire qu’ont vécue les familles suisses ce printemps lorsque l’école s’est déplacée à la maison dans l’urgence. Cet automne, les établissements sont restés ouverts mais ont dû gérer un nombre croissant d’élèves en quarantaine. Alors que l’enseignement à distance a révélé les fragilités de certains élèves, mais aussi les disparités entre les cantons et la forte capacité d’innovation des enseignants, que restera-t-il de cette année extraordinaire?

A l’instar d’autres domaines de la société, l’école s’est vue fondamentalement bouleversée par la crise du Covid-19. «Le défi a été de gérer simultanément les aspects pédagogiques et sanitaires», souligne Jean-Pierre Siggen, président de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP) et conseiller d’Etat fribourgeois. De fait, la pandémie a «forcé» les établissements scolaires à se réorganiser et à trouver des «solutions originales» pour poursuivre leurs missions. Selon Jean-Pierre Siggen, ces différents scénarios sont utiles alors que l’école est aujourd’hui dans un mode hybride avec une partie des élèves en classe, l’autre en quarantaine à domicile. Ils le resteront également à l’avenir.

Accroître les compétences numériques

Place du numérique dans l’enseignement, usage des outils technologiques ou encore pédagogie différenciée en fonction des besoins spécifiques de chaque élève: la pandémie laissera des traces dans l’enseignement de demain. «Les compétences numériques des enseignants et des élèves se sont grandement développées ces derniers mois, estime Jean-Pierre Siggen. Il s’agit de poursuivre les efforts dans ce sens.»

Si 2020 a fait figure de crash test pour l’école en ligne, elle a aussi, paradoxalement, souligné l’importance de l’enseignement en présentiel. «L’écran doit être utilisé lorsqu’il est nécessaire et surtout pertinent, mais il ne remplacera jamais un professeur», estime Samuel Rohrbach, président du Syndicat des enseignants romands (SER). Afin de pérenniser certaines bonnes pratiques acquises durant le confinement, le syndicat a demandé à la CIIP qu’un tri soit effectué. Mais les résistances sont fortes. Comme à Genève, où une pétition vient d’être lancée pour repousser l’usage du numérique à l’école primaire.

Lacunes à rattraper

Les lacunes liées au semi-confinement risquent, elles, d’apparaître avec un temps de retard. «Certains élèves sont «restés sur la touche» et ont souffert de la période de crise», reconnaît Jean-Pierre Siggen. En cause selon lui: les conditions socioéconomiques, la fracture numérique ou encore les fragilités préexistantes. «Les cantons n’ont toutefois pas tous mis les mêmes moyens pour aider ces élèves fragilisés à rattraper leur retard», rappelle Dagmar Roesler, présidente du Syndicat des enseignants alémaniques, soulignant qu’un élève sur cinq a travaillé moins de neuf heures par semaine ce printemps.

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Pour Samuel Rohrbach, cette année particulière a fait office de révélateur. «D’un côté, la pandémie a dévoilé les grandes disparités entre les cantons, sur le plan de la formation des enseignants, du matériel informatique, mais aussi de l’équipement des élèves, souligne celui qui a souvent critiqué un manque de coordination entre les cantons. De l’autre, on a vu le professionnalisme des enseignants, parfois obligés de recourir au système D pour maintenir le lien avec les élèves.»

Exigences parentales en hausse

Comme si l’école, jusqu’ici en vase clos, s’était soudain ouverte au monde. «De nombreux parents, confrontés à une montagne de devoirs, ont pris conscience du travail des enseignants», reconnaît Anne Thorel Ruegsegger, secrétaire générale de la Fédération des associations de parents d’élèves de l’enseignement obligatoire. Parallèlement, les attentes se sont accrues. «Ceux qui ont eu un contact direct avec l’école durant le confinement veulent que ce lien privilégié perdure, ce qui n’est pas toujours possible, souligne Anne Thorel Ruegsegger. De manière générale, il y a une vraie demande pour que l’école communique de manière plus efficace.»