La Confédération se protège contre les grandes oreilles

Réseaux Contre les cyberattaques et les écoutes, Berne veut un système sécurisé

3,3 milliards pour une nouvelle Toile civile et militaire

Se mettre à l’abri des grandes oreilles américaines, allemandes ou chinoises. Mais aussi pouvoir communiquer en toute sécurité avec les cantons ou maintenir en état les infrastructures vitales pour le pays (CFF, centrales nucléaires, aéroports), en cas de crise grave ou de chute totale de l’approvisionnement électrique. C’est l’objectif du projet de réseau de données sécurisé (RDS) auquel le Conseil fédéral a donné un premier feu vert, au mois de mai dernier.

Drôle de coïncidence: c’est au moment même où la Suisse découvrait que le service de renseignement allemand, le BND, avait espionné les communications de Swisscom pour le compte du service d’écoutes américain, la NSA, que le Conseil fédéral a confié la réalisation du projet de réseau sécurisé RDS au Département de la défense.

Mais ce système sécurisé n’a pas seulement pour objectif d’échapper aux oreilles indiscrètes. Il doit surtout permettre aux autorités civiles de faire face au danger toujours plus présent d’une cyberattaque, d’un acte criminel ou d’un bug informatique qui paralyseraient les communications civiles, la distribution d’énergie ou les trafics ferroviaire et aérien.

RDS est évalué entre 55 et 60 millions de francs. Mais il devra s’appuyer sur le réseau de conduite suisse que développe le Département de la défense. C’est le système nerveux de l’armée. Une toile d’araignée cryptée et super-protégée de 3000 km de câbles et fibres optiques, indépendante, avec ses stations et nœuds informatiques sous béton. Une fois achevée, dans une dizaine d’années, cette nouvelle architecture aura coûté plus de 3,3 milliards de francs.

«De par ses missions, l’armée a des besoins spécifiques très élevés pour protéger ses communications. Que ce soit pour la protection physique des réseaux, du stockage, du traitement des données, ou pour la sécurité des données elles-mêmes et des métadonnées (source, nature et localisation des informations)», explique le divisionnaire Jean-Paul Theler, chef de la Base d’aide au commandement et responsable du développement du réseau de conduite de l’armée.

Blockhaus de béton, salles climatisées pour le traitement des données, raccordements redondants, générateurs électriques, cryptages ou tracés spécifiques des câbles dans des secteurs critiques, toute cette infrastructure, qui doit résister à des risques de guerre ou d’attentat, explique les coûts élevés. C’est sur cette épine dorsale militaire que devrait se greffer le système de communication civil, le RDS, ce qui explique ses coûts moins élevés comparativement.

L’an dernier, le Conseil fédéral a publié au compte-gouttes trois dossiers destinés à composer cette nouvelle architecture: le renforcement du réseau de conduite de l’armée, le remplacement des infrastructures de calcul par trois nouveaux centres et enfin l’uniformisation et l’augmentation des capacités de télécommunications, notamment mobiles, de l’armée. Ces trois projets sont regroupés dans le cadre d’un programme appelé Fitania.

Le réseau de conduite de l’armée, sous une forme moins développée, utilisant fibre optique et faisceaux hertziens, couvre déjà une bonne partie du pays. Il comprend des stations et nœuds de communication qui vont être renforcés et protégés contre les dangers comme l’incendie, les effractions, les pannes de courant, etc. Dans sa forme finale, en 2020, il comprendra 300 stations utilisateurs. Le tout sera entièrement autonome du point de vue énergétique. Cette mise à jour coûtera environ 600 millions.

En août dernier, le Conseil fédéral a aussi lancé le remplacement des infrastructures des centres de calcul et de stockage actuels, dépassés. On prévoit trois centres de calcul à l’échelon national. Deux ultra-protégés et secrets seront installés dans des cavernes de l’armée. L’un, partagé avec les services civils, sera construit à Frauenfeld. Coûts globaux: 900 millions.

Enfin, dernier volet, pour un montant de 1,8 milliard, l’augmentation des capacités et ­l’uniformisation des télécommunications de l’armée, dont l’achèvement est prévu pour 2026.

C’est donc sur cette ossature que viendra s’ajouter le projet d’échange des données sécurisé RDS. Pour l’heure, les utilisateurs potentiels, centres opérationnels de la Confédération, cantons, réseau électrique Swissgrid ou CFF, doivent faire part de leurs besoins en bandes passantes ou en disponibilité. Il s’agira ensuite de se répartir la facture.

A cela, il convient d’ajouter ­Polycom, qui est un réseau radio de sécurité à disposition des gardes-frontière, de la protection civile et des sapeurs-pompiers, qui fournit une structure de communication radio homogène à l’ensemble des services de sécurité du pays.

Rapides, efficientes, les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont aussi fragiles et facilement infiltrées, d’où la nécessité d’une Toile entièrement autonome et coupée des réseaux publics.

Rapides, efficientes, les technologies de l’information et de la communication sont facilement infiltrées