Kim Jong-un remue ciel et terre pour construire un domaine skiable haut de gamme, inspiré des plus belles stations suisses. Le dirigeant de la Corée du Nord, qui a passé une partie de son adolescence en Suisse et aurait été initié aux sports d’hiver sur les pistes de Zweisimmen et de Grindelwald, a promis qu’«une fièvre de ski» s’emparerait du pays en 2014, selon l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA. Les soldats nord-coréens s’affairent à la construction de 110 kilomètres de pistes skiables, un héliport et un hôtel sur la chaîne montagneuse du Masik, au sud-est du pays. Huit pistes sont déjà tracées, il ne manque plus que les remontées mécaniques.

Au printemps, les autorités nord-coréennes ont approché l’entreprise suisse Bartholet Maschinenbau AG (BMF) pour commander un appareil de remontée mécanique alliant télésiège et télécabine, d’une valeur de 7 millions de francs. L’affaire était quasiment conclue. Elle a dû être interrompue après la décision du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), suivant l’avis du Conseil fédéral, le 3 juillet dernier, d’élargir ses sanctions envers la Corée du Nord.

Une nouvelle ordonnance ajoute, dans les biens interdits d’exportation vers Pyongyang, les infrastructures pour des «installations sportives à caractère de luxe», dont «les domaines skiables». Les Nord-Coréens sont convaincus que la Suisse a adopté ces sanctions pour faire capoter leur projet de station de ski. Ce que réfute Marie Avet, du Seco: «Nous n’avons fait qu’appliquer la décision des Nations unies.» En mars 2013, au lendemain du troisième essai nucléaire nord-coréen, l’ONU a durci son régime de sanctions contre Pyongyang. Et, selon Berne, le projet de station est destiné avant tout aux élites et sert «le prestige et la propagande» du régime.

Les Nord-Coréens étaient d’autant plus déçus qu’ils avaient placé leurs ultimes espoirs dans la neutralité suisse pour obtenir des infrastructures de haute qualité, de nature à rassurer les touristes européens, Chinois et Japonais qu’ils espèrent attirer sur leurs cimes. Ils s’étaient d’abord adressés au numéro un mondial, l’autrichien Doppelmayr. «Nous avons refusé la vente pour des raisons politiques», explique Ekkehard Assmann, chargé de communication auprès de l’entreprise autrichienne, mandatée par ailleurs pour construire les infrastructures sportives pour les Jeux olympiques d’hiver qui doivent se dérouler en 2018, à Pyeongchang, sur le territoire du frère ennemi de Pyongyang, en Corée du Sud.

Les autorités nord-coréennes se sont alors tournées vers le président de la Fédération internationale de ski, le Suisse Gian-Franco Kasper, qui confirme avoir été approché à plusieurs reprises. «J’ai écrit une lettre pour expliquer que les remontées mécaniques ne sont pas des produits de luxe. Nous sommes là pour soutenir le ski et nous souhaitons qu’il y ait des stations partout dans le monde, même en Corée du Nord.»

Le président de la FIS n’a toutefois pas répondu à l’invitation de Pyong­yang, qui lui enjoint de visiter le site en personne: «Je ne veux pas me montrer avec des politiciens nord-coréens.» Mais la lettre du FIS n’a pas suffi à convaincre Doppelmayr de faire affaire avec les Nord-Coréens, ni le numéro deux mondial des remontées mécaniques, le français Pomagalski, à qui ils ont tenté d’acheter du matériel en août 2012.

De son côté, le fabriquant BMF ne voyait aucune raison de rejeter ce nouveau client à la réputation sulfureuse. Par prudence, l’entreprise avait tout de même contacté le Seco début juin. Lequel lui avait signalé que la vente était légale, mais déconseillée, au vu des tensions dans la péninsule coréenne. «L’exportation ne posait aucun problème, explique toutefois Roland Bartholet à la SonntagsZeitung. Les civils aussi bien que le régime pouvaient utiliser les infrastructures.»

Pyongyang a approché le président suissede la Fédération internationale de ski