La libération, le 20 septembre dernier, de 49 diplomates turcs et de leurs familles détenus par l’Etat Islamique (EI) ne s’est pas faite sans contreparties. Ils auraient été échangés contre 180 combattants de l’EI, emprisonnés en Turquie, dont 10 Européens, affirme le Times. Lundi, 20 Minuten relaie l’information en titrant sur le fait qu’un «Suisse» figure parmi ces combattants, Cendrim R. Faux, rétorque Jean-Paul Rouiller, directeur du Geneva Center for Training and Analysis of Terrorism (GCTAT). «Cendrim avait bien été pressenti pour cet échange dans un premier temps, mais le projet a été abandonné. Le GCTAT a la liste des 10 noms, dont celui d’une femme, et il n’y figure pas», commente Jean-Paul Rouiller. «Cendrim est accusé d’avoir tué des soldats et policiers turcs. Les Turcs ne peuvent pas lui avoir pardonné cela».

Cendrim R., 23 ans, est en effet accusé d’avoir tué trois personnes en Turquie, dont un gendarme et un policier, le 20 mars dernier, dans la province anatolienne de Nizde. Au moment du drame, il revenait du terrain de bataille syrien, avec un Macédonien et un Allemand d’origine ouïgoure, dans une fourgonnette remplie d’armes, et avait ouvert le feu lors d’un barrage routier. La Turquie les a rapidement suspectés de faire partie de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL, ancienne dénomination de l’EI). C’est ce qu’avait déclaré le ministre de l’Intérieur, alors que la Turquie se trouvait en pleine période préélectorale.

Originaire du Kosovo, Cendrim a grandi dans le canton d’Argovie. Réputé violent, il avait passé 21 mois derrière les barreaux à Lenzbourg (AG), pour vol à main armée et lésions corporelles. Puis a fait ensuite l’objet d’une mesure de sûreté et a purgé dix mois supplémentaires. Une sanction que le Tribunal fédéral a jugé injustifiée le 15 mai dernier, avec une promesse de dédommagement. Cendrim n’a pas le passeport suisse, mais il était titulaire d’un permis C. Il l’a perdu en raison de la «menace grave» qu’il représentait pour la sécurité intérieure suisse: les autorités l’ont expulsé après ses trois ans de prison. Une partie de sa famille vit toujours dans le canton d’Argovie. A en croire les médias turcs, le jeune homme n’a pas exprimé le moindre regret lorsqu’il a été déféré devant la cour turque. Il aurait même déclaré: «J’ai fait une bonne action en tuant un gendarme turc. Je n’ai de comptes à rendre à personne d’autre qu’à Allah. Je ne ferai pas d’autre témoignage. Vous êtes tous des païens».

Contacté par 20 Minuten, l’avocat de Cendrim n’a pas voulu révéler où ce dernier se trouvait.