Renseignement

La Suisse, cible de l’espionnage étranger

La surveillance des communications dans notre pays est «plus étendue» que prévu

Toujours la cible de l’espionnage étranger

La Confédération prend acte, mais ne s’affole pas outre mesure des révélations de l’ex-informaticien de la NSA, Edward Snowden, et de leurs répercussions en Suisse. Dans son rapport annuel sur la sécurité de la Suisse, l’unité cyber du Service de renseignement de la Confédération (SRC), qui a entamé ses activités et le recrutement de spécialistes en début d’année, estime que la situation sécuritaire est «calme et très stable». Une décontraction étonnante, à l’heure où la planète s’alarme de l’ampleur de la surveillance américaine, et probablement d’autres Etats.

La Suisse n’est pourtant pas à l’abri de l’espionnage informatique. Elle serait même la victime d’opération d’«infiltration de ses communications plus étendue que présumé», détaille le rapport. Il tempère, soulignant que la problématique de la surveillance date de la fin des années 1990, et les révélations sur le réseau Echelon, soit le système mondial d’interception élaboré par les Five Eyes (Etats-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande).

L’ampleur des moyens

Malgré tout, le scandale suscité par les agissements de la NSA, l’agence américaine de renseignement, jette une lumière nouvelle sur la cybersécurité suisse. Le SRC ne cache pas sa «surprise» quant aux moyens «financiers, techniques» et «humains» engagés pour la surveillance. La nouveauté réside dans l’«attribution de mandats directs aux grandes entreprises de communication».

Le document ne cite aucun nom. Mais on rappellera la collaboration – contrainte ou non – de l’industrie numérique américaine, tels Google, Facebook, Yahoo! ou Microsoft avec la NSA (LT du 24.01.2014). Une collaboration établie sans «contrôle politique et juridique», et combinée avec l’installation – par l’agence – de portes dérobées dans les systèmes de communications, lui permettant d’«écouter» les flux ­d’informations à l’insu des entreprises elles-mêmes. Dans la ligne de mire du SRC, on trouve la NSA, sans exclure d’autres pays.

La Confédération s’inscrit sur la longue liste des pays espionnés. Le rapport stipule en effet que la NSA «a eu accès à une partie de l’infrastructure suisse de communication». Laquelle? Contre «des Etats tiers sur la place genevoise et vraisemblablement contre des intérêts politiques et économiques». Pour rappel, la mission des Etats-Unis à Genève dispose du Special Collection Service, le corps d’élite américain dirigé conjointement par la NSA et la CIA pour mener des interceptions aux quatre coins du monde.

Coopération internationale

Face à l’étendue des écoutes et à la sophistication des moyens mis en œuvre, le rapport du SRC en appelle à «la coopération internationale» pour assurer la sécurité des communications. Et ce, par le biais d’«accords internationaux». Une option discréditée par Ueli Maurer: «Aucun pays ne va se priver du moyen de préserver ses intérêts et d’intervenir dans les intérêts d’autres pays», conclut le ministre de la Défense .

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