Réputé sérieux et bien informé, l'hebdomadaire britannique The Economist, qui a franchi la barre des 900 000 exemplaires vendus dans plus de 200 pays, se penche cette semaine sur le «cas suisse». Un supplément de huit pages, rédigé par Barbara Beck, est consacré à un pays décrit comme ayant perdu son charme et ses valeurs d'antan, secoué par des affaires comme les fonds en déshérence retenus dans les banques suisses, la faillite de Swissair, la montée en puissance de la droite dure incarnée par Christoph Blocher qui met à mal un système basé sur la lenteur consensuelle.

La Suisse est présentée comme un cas spécial dont la spécificité décline. La perte de vitesse, parfois assimilée à une forme de normalisation, se situe au niveau économique, par la faible progression du produit intérieur brut, le choc de l'immobilisation instantanée de Swissair, la restructuration du secteur bancaire, le protectionnisme agricole ou celui du marché de l'électricité.

La perte de vitesse est aussi politique par l'affaire des fonds juifs en déshérence, la polarisation personnalisée par Christoph Blocher, comparé par l'hebdomadaire à Silvio Berlusconi, le maintien d'une politique de neutralité jugée anachronique, et le refus d'adhérer à l'Union européenne pour des motifs économiques notamment liés au maintien du secret bancaire.

The Economist, s'il évite les erreurs de faits, courantes lorsque la presse étrangère se penche sur les particularismes helvétiques, se prélasse par contre dans les clichés et le ton ironique à propos de cette Suisse où tout fiche le camp, mais encore tellement sûre d'elle-même.

Landsgemeinde et joueurs de cor des Alpes

Le chocolat, les montres et les banques apparaissent déjà dans les premières lignes de ce supplément dont le choix iconographique est symptomatique de l'approche journalistique. Les Alpes se trouvent en couverture, suivies de joueurs de cor des Alpes, d'une landsgemeinde entièrement masculine, de troupes cyclistes supprimées en l'an 2000, et des imposants piliers d'une grande banque. Les textes sont également égrenés de poncifs, comme la «cupidité» des banques, «l'avantage compétitif» du secret bancaire, «l'obsession» de l'argent, le «splendide isolement» politique, les trains qui «arrivent à l'heure», le peuple «industrieux», et le «dur labeur civique» dû à la démocratie directe.

Les abonnés suisses à l'hebdomadaire, qui contribuent à 1,7% du tirage – la moitié de celui de l'Allemagne ou de la France – s'irriteront sans doute du portrait. Les autres conserveront, ou accentueront, l'image déformée d'une Suisse au fonctionnement particulièrement difficile à comprendre.