Un million d’habitants en moins si Ecopop passe

Population L’effet de l’initiative sur la démographie a été calculé

Sans immigration, le taux de retraités frôlerait 40% des actifs

Si les Suisses acceptent le 30 novembre l’initiative Ecopop limitant la croissance démographique, leur pays comptera 8,4 millions d’habitants en 2030. C’est un peu plus qu’aujourd’hui (8,1 millions), mais beaucoup moins que les 9,45 millions attendus si l’immigration se poursuit au rythme de 40 000 à 70 000 nouveaux arrivants par an.

Ce calcul est dû au démographe genevois Philippe Wanner, qui le publie dans un livre* à paraître la semaine prochaine.

L’initiative Ecopop stipule que la Suisse doit limiter sa croissance démographique due à l’immigration à 0,2% par an, soit environ 17 000 personnes, contre plus de 82 000 arrivées nettes l’an dernier. Selon Philippe Wanner, ce frein migratoire aurait pour effet de stabiliser la population helvétique autour de 8,6 millions d’habitants en 2040, contre 10 millions si l’évolution actuelle se poursuit. Mais surtout, souligne l’universitaire, l’application d’Ecopop conduirait à «une diminution sensible» de la population active, à 4,7 millions de personnes en 2030, soit 700 000 de moins qu’attendu. Ce déficit dans l’effectif des résidents en âge de travailler atteindrait 1,6 million de personnes en 2050.

Ecopop conduirait aussi à «une baisse du nombre des naissances et à un rétrécissement des jeunes générations qui atteindraient un point de non-retour, avec l’impossibilité de relancer le mécanisme de croissance démographique sans recourir à une migration de masse», prévient Philippe Wanner.

Cet alarmisme ne surprend guère de la part du démographe genevois, adversaire déclaré d’Ecopop. Reste qu’il est l’un des rares spécialistes à avoir mesuré l’impact concret de l’immigration sur la population suisse depuis la Seconde Guerre mondiale. Et cet effet apparaît dans toute sa magnitude si l’on compare l’évolution réelle de la population à ce qu’elle aurait été sans aucune immigration.

Ainsi, si la Suisse avait fermé ses frontières le 31 décembre 1945, sa population stagnerait à 5,2 millions de personnes depuis les années 1970. Et si le pays avait stoppé l’immigration en 1981, la Suisse aurait compté 6,5 millions d’habitants en 2012 – 1,5 million ou 19% de moins qu’observé.

Dans ce scénario, la population serait «en forte décroissance depuis le début des années 2000», ajoute Philippe Wanner dans un article publié en 2013 par la revue Terra Cognita. Surtout, la proportion de retraités serait bien plus élevée qu’elle ne l’est aujourd’hui: 27 personnes âgées de 65 ans et plus pour 100 personnes entre 20 à 64 ans. En l’absence des flux migratoires, ce rapport atteindrait 40%.

Et si la Suisse voulait conserver une population active stable, tout en appliquant Ecopop? Elle devrait repousser l’âge de la retraite à 81 ans en 2050, calcule le démographe avec une certaine malice.

Cet argument d’une Suisse vieillie, incapable de financer des cohortes croissantes de retraités, portera-t-il le coup de grâce à Ecopop?

Philippe Roch, partisan romand de l’initiative, ne l’espère pas. «Une société ayant une population stable finira par avoir une répartition [des âges] équilibrée, pense-t-il. Ce qui peut poser des problèmes de financement momentanés à l’AVS et au deuxième pilier, c’est de passer de la croissance à une dynamique stationnaire. Mais il faudra le faire de toute façon, car à long terme, une croissance continue de la population mondiale est physiquement impossible.»

* Philippe Wanner, «Une Suisse à 10 millions d’habitants. E njeux et débats», Lausanne, PPUR, 2014

«Le rétrécissement des jeunes générations atteindrait un point de non-retour»