Genève

Suisse condamné au Maroc: le beau-père s’indigne

L’un des deux Suisses arrêtés à la suite du meurtre des campeuses scandinaves a été condamné à 10 ans de réclusion. Son beau-père sort de son silence pour dénoncer une «injustice». Selon lui, son beau-fils travaillait pour le Service de renseignement de la Confédération

Nicolas, l’un des deux Suisses poursuivis au Maroc après le meurtre de deux campeuses scandinaves et arrêtés en janvier dernier, a été condamné à 10 ans de réclusion, a révélé la RTS. Il a été reconnu coupable de participation à une association terroriste, d’apologie du terrorisme et de non-dénonciation de crimes par les juges de Rabat. Un jugement contre lequel son avocat, Me Khalil Idrissi, fera appel.

Converti à l’islam il y a une dizaine d’années, Nicolas, 33 ans aujourd’hui, fréquentait la mosquée du Petit-Saconnex à Genève. Elle avait défrayé la chronique en 2015 et 2016: quatre employés avaient été fichés S en France, et plusieurs jeunes partis faire le djihad en Syrie la fréquentaient. C’est là que Nicolas aurait connu Kevin Z., l’autre Suisse arrêté au Maroc. Depuis, la Ligue islamique mondiale a mis de l’ordre dans l’établissement.

«La religion a rendu Nicolas plus conséquent»

Bernard (prénom d’emprunt), son beau-père, a observé la conversion de Nicolas, puis son glissement vers le radicalisme. Il a décidé de prendre la parole, persuadé que son beau-fils est une victime innocente. Il faut dire que la configuration familiale ajoute au drame: Nicolas est le fils de sa compagne, et il a épousé la fille de Bernard. Autrement dit, le couple recomposé a vu le mariage de leurs enfants respectifs. Nicolas et son épouse vivent au Maroc avec leurs deux enfants, et bientôt un troisième.

Bernard raconte que Nicolas s’est converti en Espagne, après «une vie de gamin un peu remuant, mais pas méchant». Comprendre: il a eu maille à partir avec la justice pour un délit mineur. A son retour, il fréquente la mosquée du Petit-Saconnex. «Je ne suis pas croyant, mais la religion a calmé Nicolas, l’a rendu plus conséquent», explique Bernard. Il admet tout de même que «quand on se convertit, on se radicalise, même si je préfère le terme de fondamentalisme. Nos enfants n’y ont pas échappé. Mais il n’a jamais été question de djihad. Nicolas était peut-être naïf, mais en rien coupable de ce qu’on lui reproche.»

Fiché S en France

Rien ne peut entamer cette conviction. Pas même le fait que Nicolas était fiché S en France, «ce qu’il a appris alors qu’il revenait du Maroc par l’Espagne en 2018 et que la police française le lui a signifié». Pas non plus le fait qu’il a été perquisitionné à son domicile, dans l’Ain: «C’était après le Bataclan, et il n’avait pas répondu à une convocation. Il ne faisait pas bon être converti en France après ce drame.» Pour Bernard, rien de ceci n’est pertinent. Confirmant la version de Nicolas, il fait valoir qu’il ne connaissait pas les auteurs du crime. Mais il connaissait en revanche les Genevois partis se battre en Syrie, ce qui aurait fait de lui un complice. Que Nicolas ait reçu de Kevin la vidéo de l’égorgement des deux jeunes femmes ne prouverait rien.

Selon nos informations cependant, Nicolas était plus structuré et avait un réseau plus ramifié que Kevin. Il n’est pas exclu que sa condamnation soit liée à d’autres éléments que le meurtre des deux randonneuses. Cela jette une autre lumière sur les propos de Me Khalil Drissi à la RTS: «C’est incompréhensible, tous les chefs d’accusation ont été retenus alors que la seule pièce de l’accusation est un PV de la police rédigé en arabe.»

Entretiens préventifs au SRC

Désormais, Bernard s’accroche à un espoir ténu: que le Service de renseignement de la Confédération (SRC) veuille bien admettre que Nicolas travaillait pour lui, en lui fournissant des informations sur la mosquée du Petit-Saconnex. Ce que dément le SRC: «Il n’a pas travaillé pour le SRC, mais il a effectivement été en contact avec le service dans le cadre d’entretiens préventifs courants.»

Un entretien préventif est une convocation, au cours de laquelle le SRC tente de mesurer le degré d’engagement du radicalisé et éventuellement de le dissuader de franchir le pas. Ce qui met Bernard au comble de l’amertume: «Nicolas a vu un agent du SRC à deux ou trois reprises, dans un café à Nyon et sur un parking à Gland. Il a touché à chaque reprise 600 francs en cash.»

Une éventualité peu probable, selon une source bien informée. Nicolas aurait-il été un collaborateur du SRC que celui-ci ne l’aurait pas laissé mariner au Maroc après l’arrestation de son copain Kevin, intervenue plusieurs jours avant la sienne. Et puis laisser un agent se faire arrêter au Maroc n’est pas le genre de risque dont la Suisse est coutumière. Quoi qu’il en soit, Bernard veut y croire: «Dans un an, Nicolas sera dehors.»

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