Convoquée par le directeur fédéral des forêts Werner Schärer, une première réunion de crise, à laquelle ont participé mardi à Berne près de 40 représentants des cantons, de l'économie forestière, de l'industrie du bois et des milieux de la protection de l'environnement, a permis de dresser un bilan provisoire des dégâts occasionnés par l'ouragan Lothar. Les estimations ont été revues à la hausse: on parle désormais de 10 millions de mètres cubes de bois renversés le 26 décembre. «Cela représente l'équivalent de plus de deux ans d'exploitation normale», indique Werner Schärer. Sur la base d'un prix moyen de 100 francs par mètre cube, cela représente un dommage d'environ un milliard de francs.

Un précédent à 400 millions

C'est le double des dégâts causés par l'ouragan Vivian, qui avait soufflé sur la Suisse les 27 et 28 février 1990. A l'époque, la Confédération avait alloué pour 260 millions de francs de subsides aux milieux forestiers, somme qui s'ajoutait à ce que les cantons et les communes avaient dû débourser. La dépense totale avait avoisiné les 400 millions. Cela signifie-t-il que Lothar coûtera entre 800 millions et un milliard aux collectivités publiques suisses? «Non, parce que, contrairement à ce qu'on avait fait en 1990, on ne va pas ramasser tout ce qui est tombé. Une partie des arbres arrachés sera laissé sur place», annonce Werner Schärer. Le coût exact de l'ouragan sera toutefois chiffré plus tard.

Pour le canton de Berne, qui apparaît comme l'un des plus touchés avec 3,6 à 4,6 millions de mètres cubes abattus, la facture s'annonce également salée. La conseillère d'Etat Elisabeth Zölch s'est rendue mardi dans les zones sinistrées de Thoune et de l'Emmental pour entendre les propriétaires forestiers. Le gouvernement cantonal envisage de leur verser des aides financières directes. Un projet de crédit sera soumis au Grand Conseil.

Rendez-vous le 18 janvier

Outre l'estimation des dégâts, la réunion de mardi a permis de fixer la marche à suivre. L'important, relève Werner Schärer, est d'entendre tous les acteurs et de gérer au mieux leurs intérêts, qui sont souvent très différents. Il a été décidé de créer un état-major restreint, une task force de sept personnes représentatives des milieux concernés. On y retrouve, outre Werner Schärer lui-même, l'ancien conseiller national bernois Marc-André Houmard, président de la Conférence suisse de l'économie du bois (CEB).

En parallèle, plusieurs groupes de travail seront chargés d'évaluer les conséquences de l'ouragan sous différents aspects (industrie, énergie, sécurité, écologie, finances, valorisation, etc.). Les premiers résultats de ces analyses sont attendus pour le 18 janvier. C'est à ce moment-là que la task force communiquera ses conclusions au conseiller fédéral Moritz Leuenberger, puis à l'ensemble du gouvernement. Il sera sans doute décidé de subventionner le stockage du bois afin d'éviter d'inonder le marché.

Appel à la Confédération

Dans une démarche commune, quatre parlementaires membres du comité de l'initiative solaire, soit le démocrate-chrétien Eugen David, le radical John Dupraz, le socialiste Rudolf Strahm et l'UDC Hermann Weyeneth, demandent d'ores et déjà à la Confédération de mettre des moyens conséquents à disposition des forestiers. Ils souhaitent aussi que Berne finance l'exploitation durable des forêts grâce aux moyens qui seront mis à disposition par la future taxe écologique.