L’équivalent de plus de 14 millions d’euros. C’est la somme rondelette d’argent non déclaré interceptée depuis le début de l’année – contre 6 millions pour tout 2018 – aux douanes italiennes de la province de Côme et dont plus de la moitié se dirigeait vers la Suisse. C’est ce que révélait ces jours le colonel Andrea Alba, commandant de la Garde des finances italienne de Ponte Chiasso, la principale douane italienne bordant la Suisse.

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Chèque de 100 millions d’euros

Depuis le début de 2019, quelque 300 personnes ont été arrêtées à la frontière, du côté de la Péninsule, avec de l’argent ou des titres non déclarés d’une valeur dépassant les 9999 euros autorisés sans être déclarés (entrant ou sortant du pays), indique-t-il. La plupart des contrevenants s’en sont sortis avec une amende, alors que quelques dizaines de cas – des individus possédant entre 50 000 et 150 000 euros – ont été notifiés à la magistrature de Côme et à celle de leur lieu de résidence.

Un exemple spectaculaire, survenu le 20 novembre dans la commune frontalière comasque de Maslianico, est l’arrestation d’un Italien qui entendait entrer au Tessin sans déclarer un chèque de 100 millions d’euros. «Le Tessin demeure attractif pour les capitaux fuyant notre pays», affirme Andrea Alba, soulignant que l’interception de mouvements de capitaux transfrontaliers illicites permet souvent de fournir des indications précieuses dans le cadre d’enquêtes financières plus vastes, concernant les fraudes fiscales et le recyclage d’argent sale.

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Derek, le berger allemand renifleur

La plupart des saisies ont été réalisées grâce à Derek, le «cash-dog» de la Garde des finances, un berger allemand entraîné à reconnaître l’odeur des billets de banque, même à distance. Parmi les cachettes utilisées, les compartiments de l’habitacle, sièges, bagages, vêtements, sous-vêtements et chaussures sont privilégiés, signale le commandant, précisant que l’armée italienne s’est spécialisée dans l’identification de doubles-fonds construits par des artisans à l’intérieur et à l’extérieur des voitures, camping-cars et motos, pouvant cacher de l’argent comptant, des métaux précieux ou encore de la drogue.

Une part de cet argent fuit le fisc italien et est voué à être placé dans les banques tessinoises, explique Paolo Bernasconi, avocat actif sur la place financière de Lugano depuis quatre décennies et ancien procureur général. «La place financière suisse continue à garantir la stabilité politique et monétaire et aujourd’hui, plus que jamais, les capitaux privés et institutionnels recherchent cette sécurité.» Il ajoute qu’une autre partie de ces avoirs est issue des «pays corrompus de l’ex-bloc soviétique et des mafias italiennes, solidement ancrées dans le nord de l’Italie, à proximité du Tessin et des Grisons, et est destinée à être blanchie».

Porte-parole de l’Administration fédérale des douanes (AFD), Donatella Del Vecchio indique que «pour l’ensemble de la Suisse, en moyenne quelque 200 à 300 cas douteux par an, ont été constatés ces dernières années, pour un montant total s’élevant à quelques dizaines de millions». Elle précise que contrairement à la loi en vigueur en Italie, où la déclaration de 10 000 euros et plus est obligatoire, l’argent liquide peut être importé ou exporté en/de Suisse sans être soumis à des restrictions quantitatives ou à l’obligation de déclarer. Cependant, «pour lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme», une personne détenant plus de 10 000 francs a l’obligation de répondre aux questions du douanier, si interrogée par celui-ci.