«Même pour ceux qui sont habitués aux géométries politiques complexes des gouvernements de coalition européens, le processus suisse de prise de décision peut désorienter.» L’avertissement est signé Peter Coneway, ambassadeur des Etats-Unis à Berne de 2006 à 2008.

Dans une dépêche provenant du fonds WikiLeaks, et révélée en intégralité sur le site du quotidien norvégien Aftenposten , il résume ses impressions sur ce partenaire étrange et parfois récalcitrant qu’est la Suisse.

«Chaque conseiller fédéral (ministre) agit comme bon lui semble et jouit d’un degré mal défini mais élevé d’autonomie», explique ainsi le diplomate.

«Processus informe»

Comme les délibérations du gouvernement sont secrètes, et que les conseillers fédéraux «évitent de se critiquer en public», il en résulte «un processus de décision apparemment informe, dans lequel les décisions sont appliquées avec une liberté d’interprétation considérable».

Les Suisses utilisent le spectre d’un référendum populaire pour rejeter les demandes américaines, «surtout quand nous demandons quelque chose de difficile», observe Peter Coneway. Négocier avec eux demande de la «patience stratégique» et la «volonté de prendre le temps de soigner les relations avec chacun des conseillers fédéraux». Mais le jeu en vaut la chandelle, car «l’influence de la Suisse sur la scène internationale est bien plus grande que ce que l’on pourrait supposer pour un pays de cette taille».

Les Etats-Unis, révèle le câble, ont déployé un «lobbying» intense pour stopper Micheline Calmy-Rey et ses efforts visant à négocier avec l’Iran dans le cadre d’un «plan suisse». Ils ont par contre échoué à faire accepter à Berne leur projet d’accord sur «l’échange d’informations en matière de terrorisme et de criminalité».

«Les Suisses ont montré peu d’intérêt pour cette proposition, conclut le document, estimant qu’un tel accord serait incompatible avec leurs lois sur la vie privée.»