Sur une carte de la Suisse, c’est un grouillement d’inquiétants points rouges qui traverse la Suisse du lac de Constance aux rives du Léman et remonte dans les vallées alpines. Ce sont les quelque 38 000 sites pollués recensés par les cadastres cantonaux et que l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) vient de rassembler et d’analyser pour la première fois. Anciennes décharges, sites industriels, buttes et stands de tir, lieux d’accidents, ils représentent 225 km2, soit la superficie du canton de Zoug.

Jusque dans les années 80, les Suisses ont négligé la pollution des sols, entassant des tonnes de produits chimiques dans les anciennes carrières d’argile de Kölliken (AG) ou de Bonfol (JU), des déchets ménagers un peu partout, négligeant les infiltrations sur les sites industriels, oubliant des tonnes de plomb ou d’antimoine dans les buttes des stands de tir. Or, sur un Plateau suisse démographiquement très dense, plus de 60% des sites pollués se trouvent à proximité d’eaux souterraines exploitables.

Une facture à 5 milliards

Jusqu’ici, les évaluations grossières de l’OFEV tablaient sur quelque 50 000 sites. La situation est donc moins inquiétante que ce que l’on craignait. D’autant plus que, selon l’OFEV, tous les sites ne représentent pas le même niveau de danger. Dans deux tiers des cas, les sites ne requièrent en effet aucune intervention, soit parce que l’on sait que leur pollution est sans risques pour l’environnement, soit parce que les investigations ont montré qu’ils ne nécessitaient aucune surveillance particulière.

Des investigations supplémentaires vont être lancées sur quelque 10 000 sites mais, d’ores et déjà, l’OFEV estime que 4000 d’entre eux, classés alors en contaminés, nécessiteront un assainissement. Une tâche colossale.

Selon Christoph Reusser, de la section Sites contaminés, on devrait avoir terminé les investigations vers 2015 et on espère que l’ensemble des sites contaminés sera assaini vers 2025. Coûts approximatifs de la facture: plus de 5 milliards de francs. A charge en principe des communes et cantons pour les décharges ou des exploitants, comme à Kölliken et Bonfol. Il est vrai que pour l’assainissement de la seule décharge de Kölliken, qui contient une bombe chimique de 350 000 tonnes, il faut compter plus d’un milliard de francs.

Dans le canton de Vaud, Gérald Burnier, responsable de l’assainissement, recense quelque 2800 sites pollués, dont quelque 700 anciennes décharges et buttes de tir, le reste étant des sites industriels. Mais dans près de 80% des cas, aucune mesure n’est nécessaire. Sur l’ensemble, quelque 108 sites sont actuellement sous surveillance ou en cours d’assainissement. Dans les cas les moins problématiques, on peut se satisfaire de stocker les matériaux en décharge inerte. A Porrentruy (JU), sur le site d’une ancienne entreprise de boîtes de montres, le groupe français Veolia teste une technique révolutionnaire consistant à chauffer le sol afin de provoquer l’évaporation des polluants (des organochlorés provenant de solvants de dégraissage) récupérés par des puits d’aspiration.

Selon le principe du pollueur-payeur, les coûts, qui peuvent représenter plusieurs millions, sont à la charge du propriétaire. Mais incombent parfois aux cantons et aux communes en cas de défaillance. Dans les cas exceptionnels, la Confédération peut venir en aide aux collectivités à hauteur de 40%. Deux initiatives parlementaires sont en discussion pour soulager communes et cantons.