Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

Crime

«La Suisse est la mine d’or des braqueurs»

Lourdement armés, les malfrats lyonnais multiplient les raids en Suisse romande. Décryptage de leur mentalité et de leurs techniques avec quatre spécialistes, dont l’ancien braqueur Redouane Faïd

«Pour un coup comme celui de Thônex, moi je serais monté avec un 357 Magnum, pas avec une forteresse. Maintenant, les jeunes truands vont au front quand ils attaquent une banque, c’est la guerre.» Ainsi parle Redouane Faïd, ex-caïd des cités, spécialisé dans les braquages, arrêté en 1998 après trois ans de cavale et libéré pour bonne conduite après avoir purgé dix années et trois mois de prison. Il est aujourd’hui attaché commercial et vient de publier un ouvrage* qui relate une vie de «braco».

«Je ne suis pas un repenti, insiste-t-il, je n’ai jamais balancé qui que ce soit. Je suis un retraité des affaires.» Mais il continue à les suivre. Comme celles qui désormais se déplacent en Suisse. Double attaque l’hiver dernier du bureau de change Migros à Plan-les-Ouates (GE), trois banques Raiffeisen ciblées cet été en Gruyère, en campagne neuchâteloise et à Semsales (FR), tentative de hold-up de la poste de Plan-les-Ouates (encore), celle de la semaine passée à Thônex…

La liste est loin d’être exhaustive et elle présente des similitudes: les auteurs sont originaires des banlieues est de Lyon, ils se déplacent avec tout un arsenal (explosifs, fusils d’assaut, Kalachnikov, gilets pare-balles) à bord de grosses berlines volées.

«La Suisse, c’est leur mine d’or, dit Redouane Faïd. Là-bas, ils multiplient par quatre leurs butins, ils pensent qu’on ne les connaît pas, qu’ils ne sont pas fichés et ils se disent que la police ne va pas les courser pendant 200 km comme en France: ils se croient invincibles.» La mort en avril dernier de l’un d’entre eux, touché par le tir d’un policier vaudois alors qu’il se trouvait à bord d’un bolide volé, a été sans effet. Aucun recul des attaques n’a été observé.

«Il faut plutôt s’attendre à un mouvement inverse, car la police lyonnaise quadrille très bien son secteur en ce moment. Les gangs vont donc voir ailleurs, jusqu’à Clermont-Ferrand et Genève bien sûr», avertit Jean-Paul Borrelly, à la tête du syndicat de police Alliance à Villeurbanne (est lyonnais).

Redouane Faïd a longtemps été présenté par ses pairs mais aussi par les policiers «comme le meil­leur ouvrier de France dans le grand banditisme». Il se vante de n’avoir jamais versé de sang. Il est un modèle pour certains jeunes de cité – «dix ans en Centrale de haute sécurité, ça impressionne» – mais il bute sur des visages fermés quand il leur dit que d’autres chemins sont possibles pour réussir une vie. «Ils sont sûrs qu’ils ne deviendront jamais riches de manière légale, explique-t-il. Ils sont témoins de l’existence exploitée de leurs pères, subissent le racisme, alors ils bossent entre eux et pour eux. Ils se sont connus au mieux dans les cours de récréation, au pire dans celles des prisons, et ils ne font pas dans le folklore. Ils sont prêts à perdre la vie ou donner la mort. Il n’y a pas de code d’honneur, mais un mental très fort.»

Le journaliste et historien des cités Jérôme Pierrat, qui a aidé ­Redouane à «accoucher de son livre», évoque une organisation paramilitaire. «Ils vont à l’affrontement en faisant fi des précautions les plus élémentaires, raconte-t-il. Ils sont capables de braquer des bijouteries à 16h un samedi au centre de Lyon alors qu’il y a une visite ministérielle, vous vous rendez compte? Ça passe ou ça casse, et il faut aller vite. Les opérations sont de type commando, avec des équipes à tiroir. Il y a un pivot qui recrute les copains selon leurs disponibilités du moment. Ils sont très mobiles, on parle de délinquance itinérante, ils se jettent sur les routes, ils peuvent rouler 600 km s’il le faut. Je les vois très bien jeter la panique jusqu’à la place Vendôme à Paris.»

Les armes arrivent principalement des Balkans. et particuliè­rement d’ex-Yougoslavie. Le criminologue et spécialiste des questions de sécurité urbaine Alain Bauer confirme: «Elles viennent notamment de l’Albanie après le pillage de ses arsenaux. Ce sont des armements de qualités diverses, rustiques mais robustes, à des prix bas.»

Une Kalachnikov – ce genre de fusil d’assaut a été utilisé lors du braquage de Thônex – se négocie entre 250 et 2000 euros selon son état. Le pistolet-mitrailleur Ingram tourne autour de 2000 à 2500 euros l’unité. «C’est un trafic de fourmi, commente Jérôme Pierrat. Le convoyeur type est un père de famille ressortissant de l’un de ces Etats qui rentre au pays le temps des vacances et qui ramène en France un peu de matériel.»

La plupart de ces grands délinquants sont indépendants, «pas des salariés et sans godfather [parrain], même pour le trafic de stups», poursuit Jérôme Pierrat. «Les bandes fonctionnent de manière autonome, mais des connexions avec le crime organisé historique sont possibles dans le cas d’attaques de transports de fonds ou pour le recel de bijoux», conclut Alain Bauer. Des liens avec l’islamisme radical? Jérôme Pierrat est catégorique: «Non, ce ne sont surtout pas des philan­thropes.»

*«Braqueur, itinéraire d’un caïd de cité», La Manufacture de livres, Paris, 2010.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a