L'ambassadeur Anton Thalmann dirige la délégation suisse à la Conférence internationale sur les réfugiés et déplacés d'Irak, qui s'achève aujourd'hui à Genève. Alors que près de 50000 Irakiens fuient chaque mois les violences de leur pays, il annonce que la Suisse augmentera son aide aux victimes de la guerre.

Le Temps: La Suisse aurait-elle décidé de doubler son aide humanitaire à l'Irak sans les appels alarmistes et répétés du HCR et du CICR?

Anton Thalmann: Difficile à dire. Mais il est évident que nous avons besoin d'organisations qui tirent la sonnette d'alarme, et les agences humanitaires sont précisément là pour sensibiliser la communauté internationale aux situations qui se péjorent.

- Concrètement, quelle forme prendra la nouvelle aide suisse?

- Notre budget passera de deux à quatre millions de francs. Nous consacrerons cette année 1,5 million de francs aux personnes déplacées en Irak, en soutenant des agences internationales pour des projets qui concernent surtout l'approvisionnement en eau, les infrastructures et les services sanitaires. Et 2,5 millions serviront à soutenir le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) pour aider les réfugiés en Syrie et en Jordanie. Dans les domaines de l'alimentation, de l'assistance médicale et du logement surtout. Nous mettrons par ailleurs de nouveaux experts à disposition.

- Accueillir un contingent de réfugiés irakiens aurait été un geste symboliquement plus fort. Pourquoi n'avoir rien annoncé sur ce plan?

- Rien n'est décidé, tout est encore ouvert. Nous sommes à la recherche d'un consensus et devons encore mener des discussions entre différents départements. Nous devons notamment mettre dans la balance le fait que la Suisse accueille déjà plus de 5000 Irakiens et qu'il y aura d'autres demandeurs d'asile. Mais je ne peux pas vous dire quand une décision tombera.

- Micheline Calmy-Rey n'est sur ce dossier pas vraiment du même avis que Christoph Blocher et il sera difficile de le convaincre...

- Je peux vous dire que, malgré les différences de sensibilité qui peuvent exister, nous travaillons bien avec l'Office fédéral des migrations, dans un climat agréable. Nous étudierons la possibilité de renforcer notre engagement en fonction des résultats de la conférence.

- Le HCR n'a cessé de dire que cette réunion n'était pas une «conférence de donateurs», or c'est bien la forme qu'elle semble prendre. Les différents gouvernements se sont-ils un peu sentis mis sous pression pour «partager le fardeau»?

- Cette conférence, qui a permis aux participants de donner leur appréciation de la situation, risque d'activer un peu la mauvaise conscience des donateurs. Ce qui a du bon.

- Mais elle intervient quatre ans après le début de la guerre, alors que la situation humanitaire se détériore depuis longtemps. N'est-ce pas un peu tard?

- C'est effectivement une critique qui revient souvent. J'espère sincèrement que les déclarations qui y sont faites seront suivies d'actes concrets.