La Suisse campe officiellement sur sa position de mars et avril, rappelée dimanche par Johann Schneider-Ammann dans Schweiz am Sonntag : elle a «pris note» des sanctions prononcées par la communauté internationale à l’égard de la Russie, mais ne les «reprend pas».

Changera-t-elle d’avis? Il appartient au Conseil fédéral de trancher. Or, celui-ci tiendra sa séance de reprise mercredi prochain seulement. Il discutera alors de la nouvelle donne issue des sanctions complémentaires décrétées par l’Union européenne et les Etats-Unis.

Selon nos informations, le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) et le Secrétariat d’Etat aux questions financières internationales (SIF) sont en train d’analyser le dispositif adopté par la communauté internationale et feront des propositions au gouvernement. Celui-ci fera au minimum une déclaration mercredi prochain. Mais s’il décide de renforcer les mesures annoncées le 27 mars et le 2 avril, il pourrait attendre une semaine de plus.

L’une des questions nouvellement apparues est l’extension de l’embargo sur l’exportation d’armes aux biens à double usage civil et militaire. En mars, le président de la Confédération, Didier Burkhalter, avait annoncé qu’aucune exportation de matériel de guerre ne serait plus autorisée en direction de la Russie. Or, le 29 juillet, l’UE a décidé d’inclure les biens à double usage dans l’interdiction de vente de matériel militaire. La portée de cette décision doit être clarifiée, dit-on à Berne. Le même jour, l’UE a également interdit d’exporter des équipements destinés à la recherche de pétrole et de gaz en eaux profondes, ainsi que tout investissement dans les infrastructures de transport, de télécommunications et d’énergie en Crimée et à Sébastopol.

Une prise de position du Conseil fédéral sur ces nouvelles restrictions est attendue. D’ici là, toutes les décisions qui peuvent être prises reposent sur l’ordonnance du 2 avril. Exerçant la présidence tournante de l’OSCE, attachée à sa neutralité, la Suisse a en effet jugé plus prudent et plus crédible de ne pas reprendre les sanctions européennes, mais d’empêcher les Russes visés par elles de les contourner en utilisant son territoire. Elle a ainsi pris des «mesures visant à empêcher le contournement de sanctions internationales en lien avec la situation en Ukraine». Elles interdisent de nouer des relations d’affaires avec les ressortissants russes dont les noms sont répertoriés sur une liste spécifique.

Le 2 avril, une première liste de 33 personnes a été établie. Le président de la Douma, Sergueï Narychkine, en faisait partie (lire ci-dessous). Elle a été complétée le 1er mai, puis le 15 mai. Mardi, le Seco a annoncé qu’elle était étendue dès 18 heures à 26 personnes supplémentaires et à 18 «entités». La liste noire helvétique comprend désormais 87 noms et 20 organisations, les mêmes que ceux et celles qui figuraient sur l’inventaire européen en date du 25 juillet.

Parmi les personnes avec lesquelles il est désormais interdit de nouer des relations financières, il y a par exemple Alexandre Borodaï, «premier ministre de la république populaire de Donetsk», Alexandre Khodakovski, «ministre de la Sécurité» de cette même organisation, des dirigeants de la «soi-disant» (sic) «république populaire de Lougansk» et le bouillonnant président tchétchène Ramzan Kadyrov, «qui a fait des déclarations de soutien à l’annexion illégale de la Crimée et à l’insurrection armée en Ukraine». Les «républiques populaires» de Lougansk et Donetsk, la «milice populaire du Donbass», et plusieurs entreprises d’Etat sont également visées. De même que des membres des services de renseignement et de sécurité russes, comme Mikhaïl Fradkov, Nikolaï Patrouchev ou Alexandre Bortnikov. Mikhaïl Degtyarev, membre de la Douma qui avait annoncé l’ouverture d’une ambassade de la «république populaire de Donetsk» à Moscou, est aussi fiché.

Le 30 juillet, l’UE a cependant ajouté huit noms et trois sociétés. Il s’agit notamment de quatre hommes d’affaires proches de Vladimir Poutine, de la fabrique de missiles antiaériens Almaz Antey, de la compagnie aérienne Dobrolet (désormais en faillite) et de la Russian National Commercial Bank, qui a la mainmise sur le système bancaire de Crimée. La Suisse va-t-elle aussi les inclure? «L’élargissement de la liste de l’UE est en cours d’examen», répond Marie Avet, porte-parole du Seco. De son côté, la Commission de politique extérieure du Conseil des Etats compte faire le point de la situation lundi prochain, annonce son président, Felix Gutzwiller (PLR/ZH).

Parallèlement, on surveille de près les contre-mesures que la Russie pourrait prendre, en particulier l’interdiction de survoler l’espace sibérien pour les appareils européens se dirigeant vers l’Asie orientale.

L’UE a ajouté huit noms et trois sociétés, dont une banque,sur sa liste. La Suisse procède à un examen