Neutralité

La Suisse exportera des armes vers l’Arabie saoudite, en conflit au Yémen

Le Conseil fédéral estime que le matériel exporté présente peu de risques d’être utilisé à des fins guerrières. La gauche est scandalisée

La décision promet de diviser autant la population qu’elle n’a divisé le Conseil fédéral. La Suisse exportera du matériel de guerre vers l’Arabie saoudite et les pays membres de sa coalition militaire, pourtant en guerre contre les rebelles Houthi au Yémen.

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Après de longs mois de conflit interne, le gouvernement a fini par trancher en faveur d’un compromis. Il aura fallu pour cela la médiation du nouveau chancelier de la Confédération, le PDC Walter Turnherr, comme l’a dévoilé une enquête de L’Hebdo. Le Conseil fédéral autorise ainsi l’exportation, pour 185 millions de francs, de matériel de guerre en Arabie saoudite, au Bahreïn, en Egypte et aux Emirats arabes unis. Il s’agit principalement de pièces de rechange et de composants de systèmes de défense antiaérienne, ainsi qu’une petite quantité de munitions. «Il n’y a pas de raison de supposer que ce matériel soit utilisé dans les hostilités au Yémen», affirme le gouvernement.

Décision au cas par cas

En revanche, il a rejeté l’exportation de matériel suisse destiné à l’attaque: grenades à mains, armes de petit calibre, munitions, et véhicules de transport de troupes, pour une somme totale de 19 millions de francs. Le Conseil fédéral a ainsi décidé «au cas par cas», s’appuyant sur l’assouplissement de l’exportation de matériel de guerre voté l’an dernier, à une voix près, par le Parlement fédéral.

Une décision accouchée aux forceps. En mars 2015, la Suisse a suspendu toute vente d’armes vers l’Arabie saoudite en raison de l’implication de la monarchie dans la guerre au Yémen. En juin, l’industrie de l’armement, soutenue par plusieurs politiciens, envoyait une lettre de protestation au gouvernement, s’estimant désavantagée par rapport à ses proches concurrents, allemands notamment.

Bras de fer entre Burkhalter et Schneider-Ammann

Relayée au Conseil fédéral par le ministre de l’économie Johann Schneider-Ammann, la demande d’assouplissement du moratoire s’est heurtée frontalement à la vision du chef de la diplomatie Didier Burkhalter. La Suisse a pratiqué une médiation active et couronnée de succès dans le dossier du nucléaire iranien. Or, la guerre menée au Yémen oppose indirectement l’Arabie saoudite à l’Iran. Pourquoi désamorcer un conflit pour en soutenir un autre? Didier Burkhalter lutte également pour l’abolition de la peine de mort à travers le monde, pratiquée par le royaume.

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Cet affrontement idéologique aura débouché sur un compromis à la Suisse. Plusieurs élus fédéraux de gauche ont réagi vivement à la nouvelle mercredi soir. «Un scandale», selon le chef du groupe parlementaire des Verts, Balthasar Glättli.

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