Les 10 et 11 février, le secrétaire d’Etat Mario Gattiker était en visite officielle en Grèce, accompagné de Manuel Bessler, le chef du Corps suisse d’aide humanitaire. C’est qu’à Athènes le thème de la migration est au cœur du débat politique. Le premier ministre Kyriakos Mitsotakis (Nouvelle Démocratie, droite) a effectué un virage à 180 degrés par rapport à la politique menée par son prédécesseur Alexis Tsipras (Syriza, gauche). Le gouvernement conservateur souhaite établir un «mur flottant» pour contrer les arrivées sur les îles grecques de la mer Egée. Il a décidé de transformer en centres fermés les «hotspots», ces lieux d’enregistrement et de tri des migrants installés sur les îles. Il souhaite aussi durcir le droit d’asile et augmenter les retours vers les pays d’origine pour les migrants considérés comme économiques, qui ne peuvent pas obtenir le statut de réfugiés en Europe.

Aider les plus vulnérables et encourager les retours

Si la communication du gouvernement grec s’intensifie à ce sujet, c’est parce que la situation sur le terrain se tend. En 2019, le bras de mer entre la Grèce et la Turquie est redevenu la première porte d’entrée des demandeurs d’asile, Afghans et Syriens pour la plupart, dans l’Union européenne. Actuellement, 110 000 migrants sont présents en Grèce. Sur les îles, la population se sent de plus en plus abandonnée face à la reprise du flux migratoire. En guise de réponse, le gouvernement a organisé des transferts de migrants vers le continent. Or, la population métropolitaine voit, elle aussi, d’un mauvais œil l’implantation de camps de réfugiés au cœur du pays. Différentes manifestations ont éclaté.

«La Suisse s’engage car elle est membre de Schengen, a expliqué Mario Gattiker. Si la Grèce a un problème de migrations, l’espace Schengen en subit les conséquences et la Suisse a elle aussi un problème.» Le visiteur a donc expliqué vouloir «développer l’aide humanitaire, encourager les retours volontaires vers les pays d’origine et protéger les requérants d’asile vulnérables.» Le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) financera notamment un second centre d’accueil pour mineurs non accompagnés. La question des mineurs non accompagnés est, de fait, urgente. Selon le Centre national grec de solidarité sociale (EKKA), les 4256 places d’hébergement pour les mineurs non accompagnés sont occupées et 1045 enfants vivent dans des conditions d’hébergement précaires, dormant parfois même dans les rues.

«Le nouveau concept migratoire grec est juste»

C’est le cas d’Issa et Haider*, deux Afghans de 16 et 18 ans. Quelques mois après avoir débarqué sur l’île de Lesbos à l’issue d’un dangereux périple, ils se sont vu accorder le statut de réfugiés en Grèce. «Nous sommes d’abord restés au camp de Moria, puis le gouvernement nous a envoyés dans le nord de la Grèce», explique Haider, l’aîné. Pendant trois mois, les deux frères ont vécu dans un hôtel, puis ils ont été envoyés dans un camp proche de Thessalonique. «Nous voulons étudier, travailler, poursuit le jeune homme. Mais dans le camp c’est impossible.» Les deux hommes rejoignent alors la capitale du pays dans l’espoir d’une vie meilleure. En vain. «Nous avons passé des nuits dehors jusqu’à ce qu’un ami accepte de nous accueillir dans sa chambre, en cachette.» Depuis, cependant, c’est l’angoisse. Leur ami a peur de s’attirer des ennuis… et les deux adolescents craignent de se retrouver de nouveau dans la rue. De surcroît, ils ne se voient aucun avenir dans ce pays où près de 20% de la population active est au chômage et où un tiers des indigènes vivent dans la pauvreté. Ils n’ont plus qu’une idée en tête: quitter le pays pour étudier et travailler.

«Le durcissement des politiques migratoires et une politique d’intégration défaillante peuvent pousser les migrants à chercher d’autres solutions que de rester en Grèce», explique Alexandros Konstantinou, du Conseil grec des réfugiés, une ONG qui délivre notamment des conseils juridiques aux migrants. Ce point de vue, Mario Gattiker ne le partage apparemment pas. «Le nouveau concept de politique migratoire du gouvernement grec est juste. Mais sa mise en œuvre sera un énorme défi», a-t-il précisé. Un défi d’autant plus énorme que le sentiment d’abandon croît du côté des migrants comme au sein de la population grecque.

* Prénoms fictifs