La Suisse franchira le cap des huit millions d’habitants cet été, communiquait l’Office fédéral de la statistique (OFS) cette semaine. Une nouvelle qui n’est pas passée inaperçue du côté des politiciens, qui, de gauche à droite, s’inquiètent, dans la presse du dimanche, des conséquences d’une croissance démographique résultant actuellement à près de 80% du solde migratoire.

Les partis politiques y vont de leurs recettes pour rendre supportable, à terme, cette forte immigration. Car si l’UDC a été la première à réagir, réclamant un durcissement de la politique d’immigration, la gauche s’interroge elle aussi sur les conséquences d’une croissance de la population non maîtrisée, relèvent les journaux dominicaux alémaniques «Der Sonntag» et la «SonntagsZeitung». A l’instar de la conseillère nationale socialiste Jacqueline Badran, selon laquelle huit millions d’habitants constitue une limite qui ne devrait pas être dépassée. «Techniquement, cela serait certes possible. Mais pas souhaitable», dit-elle.

Les solutions proposées par les politiques varient toutefois fortement. L’UDC, qui a déposé son initiative populaire «Contre l’immigration de masse», réclame la réintroduction de contingents annuels pour les étrangers exerçant une activité lucrative, les frontaliers et les requérants d’asile. Mais les démocrates du centre comptent également intervenir au parlement fédéral par le biais de la révision en cours du droit de nationalité et par le dépôt d’une initiative parlementaire visant à supprimer notamment la possibilité de recourir lors de demandes de naturalisations. Le parti, qui critique une politique trop «généreuse» en la matière, compte également durcir les conditions de naturalisation des étrangers en général, mais également des partenaires étrangers de citoyens suisses, et se battra pour le retrait de naturalisation suite à une condamnation en justice ou lors d’abus à l’aide sociale.

Les pistes évoquées à gauche ne sont évidemment pas les mêmes. Ainsi, les Verts réclament avant tout une «croissance qualitative» de l’économie. Ce qui implique, selon le vice-président des écologistes Bastien Girod, cité par la «SonntagsZeitung» et «Le Matin Dimanche», un ralentissement «de l’arrivée de travailleurs en pratiquant une croissance sélective» des branches de l’économie ayant de l’avenir en Suisse, et qui emploient avant tout du personnel local. Le Vert zurichois compte demander au Conseil fédéral, cet automne, d’étudier la question.

Enfin, le PLR souhaite restreindre le droit au regroupement familial pour les ressortissants de pays extra-européens. Pour le président des libéraux-radicaux Philipp Müller, il est également nécessaire d’intervenir dans le domaine de l’asile, alors que de plus en plus de requérants n’en remplissent pas les conditions d’octroi, estime le conseiller national, cité par «Der Sonntag».

A noter que le journal alémanique s’interroge sur une autre conséquence de la croissance démographique, soit l’accroissement du mitage du paysage suisse à un taux soutenu. «Un phénomène qui a cru de 24% durant les 24 dernières années», relève Rudolf Menzi, le porte-parole de l’Office fédéral du développement territorial. L’équivalent, souligne le fonctionnaire, de la superficie du Lac Léman.

Dans un autre registre, «Le Matin Dimanche» a enquêté, cette semaine, sur les achats de fournitures ou de services de la Confédération. Le dominical, qui a analysé les 1540 commandes fédérales de plus de 230 000 francs de ces trois dernières années, constate que les entreprises romandes «n’en ont que les miettes», écrit le journaliste. Seules 164 des adjudications de fournitures ou de services soumis à l’obligation de mener une procédure d’appel d’offres publics auraient atterri en Suisse romande. «Une entreprise bernoise a dix-sept fois plus de chances de remporter un mandat de la Confédération qu’une entreprise genevoise», poursuit le journal, selon lequel la langue serait pour beaucoup en cause, «une bonne partie de la procédure d’attribution se déroulant en allemand».

A noter, pour conclure, cette enquête de la «NZZ am Sonntag», sur la fraude à l’assurance de base en matière d’opérations de chirurgie esthétique, qui sont normalement à la charge du patient. De plus en plus de fraudeurs essaient de faire supporter par la collectivité les coûts d’une opération du nez ou d’une augmentation du volume des seins pratiquées à l’étranger, en invoquant une urgence survenue durant leur séjour. Les grands assureurs maladie seraient tous concernés par un phénomène en hausse, à en croire le porte-parole de Swica, Tobias Nussbaum: «Nous découvrons entre 20 et 25 cas de fraude par année, de la part d’assurés qui tentent volontairement de faire prendre en charge les coûts d’une opération de chirurgie esthétique par l’assurance maladie de base.»