Gothard

La Suisse a inauguré son tunnel des records dans une Europe tourmentée

Matteo Renzi presque absent pour cause de soucis intérieurs, François Hollande ironisant sur ses problèmes… L'inauguration du tunnel, ce mercredi, l'a bien situé au cœur de l'Europe

Finalement, on s’en doutait, il ne se passe rien de spectaculaire. Le plus grand exploit ferroviaire du monde actuel consiste à entrer dans un tunnel, voir les monotones parois, saisir un peu de lumière au milieu – sous Sedrun –, puis ressortir.

Tout fonctionne, la climatisation des wagons éloigne de la touffeur ambiante, et le réseau téléphonique marche fort bien. Modestie du chef d’œuvre, durant 28 minutes, pour 57 kilomètres. Le tunnel de base du Gothard est suisse jusqu’au bout des rails, effacé, besogneux, timide, efficace. Reflet dans les profondeurs.

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Il fallait célébrer

La Suisse officielle a inauguré le tunnel de base mercredi, dans un mélange de doléances feutrées, côté helvétique, et de tourments domestiques, chez les invités. Les chefs d’Etats présents mercredi ont séduit l’auditoire de 1100 personnalités et journalistes. Exercice aisé: il fallait célébrer le plus long tube ferroviaire du monde, que les Suisses ont eu l’élégance de fabriquer à leur compte, pour 18 milliards de francs.

François Hollande, qui pouvait se lâcher une fois dans la semaine, a ironisé par un mot qui a fait le tour des réseaux: «En plus, dans ce tunnel le plus long, les Suisses vont faire passer des trains à 200km/h ce qui, pour nous ces jours, est un exploit.» Il a salué le petit voisin, «c’est rare, mais aujourd’hui, la France s’incline face à la Suisse», avant d’effleurer rapidement le sujet qui fâche, la libre circulation, «si importante».

Angela Merkel a ironisé sur les promesses que doivent désormais tenir son pays, au nord, et l’Italie, au sud – de cette manière, elle a mis tout de suite le public de son côté. Le nouveau chancelier autrichien Christian Kern en a rajouté dans les flatteries sur le génie d’ingénierie de ce pays qui a ainsi creusé la montagne.

Une journée dans les Alpes européennes

Curieuse journée dans une Europe prise par ses tourments. Les Suisses, par la voix de Johann Schneider-Ammann, ont insisté sur le cadeau à l’Europe que représentent ces 57 kilomètres: «La Suisse est un pays européen, il faut que sa non-appartenance à l’UE ne perturbe pas ses relations avec ses voisins»; la Suisse «fait partie de la famille européenne», a-t-il renchéri. Comme pour bien souligner que le tunnel doit entrer dans la balance, un rien déséquilibrée, des relations Suisse-UE. Mais les interlocuteurs ont leurs soucis, à commencer par le Français et sa crise sociale avancée. Ou l’Italien Matteo Renzi, qui n’est même pas apparu à la tribune, se contentant d’une présence dans le train. Annulant, aussi, la discussion bilatérale prévue avec Johann Schneider-Ammann. Cela, sans oublier l’absence de responsables des autorités européennes.

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L’UE l’a dit, la Suisse attendra le vote sur le Brexit le 23 juin pour que les relations soient débattues de manière plus intense. François Hollande n’a d’ailleurs pas manqué d’évoquer le sujet, en citant le tunnel sous la Manche, autre grande œuvre des sous-sols née d’un élan «qu’il ne faudrait pas oublier, le moment venu». Le Gothard a beau être si suisse, il reste bien au cœur de l’Europe.


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