Définie, comme chaque rencontre de ce genre, comme «amicale» et «sereine», la rencontre officielle entre le ministre des Affaires étrangères italien Lamberto Dini et son homologue suisse Joseph Deiss, qui s'est tenue hier à Rome, avait pourtant toutes les raisons d'être animée. En effet, les sujets qui fâchent ne manquent pas entre Rome et Berne. A commencer par la question de la réadmission des Kosovars qui, d'Italie, tentent de passer de l'autre côté de la frontière, le transit des poids lourds de plus de 40 tonnes sur le territoire de la Confédération ou encore l'inscription, par le ministre des Finances italien Vincenzo Visco, de la Suisse sur la liste des pays considérés comme des «paradis fiscaux».

Les deux responsables se sont employés à apaiser les divergences, chaque partie cherchant visiblement à dédramatiser la situation. En ce qui concerne la circulation des camions à travers la Suisse, et pour lesquels l'Italie réclamait des dérogations à la suite de l'incendie du tunnel du Mont-Blanc, les deux ministres ont préféré ne pas entrer dans les détails et évoquer plutôt les six accords signés entre l'Union européenne et la Suisse, dont l'un traite justement des transports. «Nous avons discuté de la manière de procéder pour que ces accords puissent entrer en vigueur d'ici la fin de l'année prochaine», a indiqué Lamberto Dini. En clair, les deux dirigeants ont souligné qu'ils veilleront à ce que les accords soient ratifiés par leurs parlements respectifs avant le 1er janvier 2001.

En signe de bonne volonté, le ministre italien a également indiqué, au sujet de la réadmission des immigrés clandestins arrêtés en Suisse, qu'elle pourrait être pleinement appliquée avant même la ratification du texte par les députés italiens. Par ailleurs, les deux pays sont tombés d'accord pour mettre en place un groupe mixte de travail afin d'accélérer les procédures de refoulement et faciliter la coordination entre les autorités locales. Cette décision fait suite au voyage éclair à Côme et Milan effectué le mois dernier par le directeur de l'Office fédéral des réfugiés Jean-Daniel Gerber pour sensibiliser les autorités lombardes et leur demander de freiner l'afflux des Kosovars vers la Confédération.

Le dernier sujet épineux, à savoir la question du statut fiscal de la Suisse, n'a pas été résolu mais Joseph Deiss peut se féliciter d'avoir reçu le soutien explicite de son homologue italien: «La Suisse ne croit pas être un paradis fiscal, et cela à juste titre», a estimé Lamberto Dini. «C'est un pays où l'on paie des impôts», a-t-il insisté. «La Suisse n'a pas l'intention de tirer avantage de l'évasion fiscale», a repris Joseph Deiss, qui considère que le problème est avant tout technique et qu'il devra être réglé dans le cadre de l'OCDE en septembre prochain.

Enfin, les deux hommes ont longuement évoqué la crise des Balkans. Un thème que le conseiller Joseph Deiss avait également abordé quelques heures plus tôt avec le nouveau chef de l'Etat italien Carlo Azeglio Ciampi. Berne a réaffirmé son intention de participer activement aux côtés de l'Union européenne à la reconstruction et à la restauration de la paix et de la stabilité dans la zone. La Suisse est même disposée à accueillir les négociateurs pour la restauration des droits démocratiques dans les Balkans.