Les passagers de la gare d'Aarau ont assisté lundi à un étrange spectacle. Sur fond de fanfare, deux locomotives, l'une suisse, l'autre italienne, se sont rapprochées sur les mêmes rails avant d'échanger un long baiser métallique. C'est par ce symbole un brin romantique que les CFF et les FS (Chemins de fer italiens de l'Etat) ont voulu célébrer la signature d'un accord de coopération sur le transport des marchandises. Un premier pas timide vers une fusion complète, d'ici à 2001, des activités cargo des deux entreprises.

Concrètement, ce premier pas a donné naissance à la société Cargo Suisse Italie Sàrl, qui aura son siège à Milan et disposera d'une filiale à Chiasso. Sous la dénomination de «Centro Qualità», le bureau de Chiasso sera chargé, dès cet été, de surveiller le bon déroulement des transports et d'assurer leur qualité. Sous-entendu: leur ponctualité. «Plus de 50% des transports internationaux de produits chimiques sont actuellement en retard, fait remarquer Benedikt Weibel, président de la direction générale des CFF. Ce n'est plus possible si l'on veut rester concurrentiel sur un marché qui se libéralise aussi rapidement». A long terme, la société devrait disposer de ses propres locomotives, wagons, terminaux et employés.

Pour faire face à la concurrence, les CFF ont donc choisi le chemin des alliances. Une première en Europe. «Dans un marché libéralisé bientôt dominé par quelques grandes sociétés, les CFF sont trop petits pour survivre seuls», poursuit Benedikt Weibel. Géographiquement, l'Italie s'est imposée comme un partenaire naturel pour garantir la survie de l'axe nord-sud, sur lequel se concentre la majorité du trafic des deux pays.

Pourtant, bien des problèmes restent à résoudre. Les grèves sont monnaie courante en Italie. Et à Chiasso, des wagons restent trop souvent bloqués à la frontière, par manque de locomotives italiennes. Ferdinando Gianella, directeur du futur «Centro Qualità», estime disposer d'un atout majeur pour faire avancer les choses: «Le statut de la nouvelle société nous confère un pouvoir contractuel sur les maison mères. Un moyen de pression qui garantira la qualité promise au client et sans lequel je ne me serais pas engagé dans cette aventure!»

Pour l'instant, rien n'est encore effectif. La fondation de Cargo Suisse Italie devrait justement permettre de préparer le terrain à la création d'une véritable entreprise de transports en commun. Les conseils d'administration des CFF et des FS devraient se prononcer dès l'automne prochain sur la phase ultérieure de cette première coopération.