La guerre totale n’aura pas lieu. Après les échanges rageurs des derniers jours entre la Suisse et l’OCDE – gel d’un budget et menaces de sanctions côté helvétique, réponse outragée de la part de l’organisation – les deux parties semblent décidées à baisser le ton, avant que le différend ne dégénère de façon irréversible.

«C’est un sujet qui s’envenime, nous n’avons aucun désir de jeter de l’huile sur le feu», explique-t-on au siège parisien de l’OCDE. L’organisation s’abstient désormais de toute déclaration publique sur ses relations avec la Suisse, et des consignes diffusées en interne incitent à la retenue lors de contacts avec les médias helvétiques.

Côté suisse, on fait passer au second plan la rhétorique des représailles envisagée contre l’OCDE (blocage du rapprochement avec la Chine et d’autres pays asiatiques, versement retardé des contributions financières, non-réélection du secrétaire général Angel Gurria). L’important, explique un fonctionnaire qui ne souhaite pas être identifié, est de normaliser la situation et d’éviter un conflit dur, qui ne servirait pas les intérêts de la Confédération.

Le secrétariat général tient tête

La Suisse ne manque pourtant pas de moyens de pression. Il existe même une sorte d’arme atomique, utilisée en son temps par la Turquie. Irritée par la présence de représentants chypriotes dans une délégation de l’OCDE, Ankara avait bloqué tous les travaux de l’organisation, avec un certain succès. Mais si Berne a étudié cette option, c’est pour en déduire qu’elle priverait la Suisse du mince capital de sympathie dont elle dispose auprès des 29 autres Etats membres du club.

L’impasse reste cependant totale. La Suisse exige d’être informée à l’avance de tous les échanges entre le secrétariat général de l’OCDE et le G20, qui regroupe les plus grandes économies de la planète. Et après la mésaventure de la liste grise publiée par l’OCDE sur demande du G20, où elle figure aux côtés de dizaines de paradis fiscaux, elle entend pouvoir s’opposer à tout nouveau document condamnant le secret bancaire.

Mais pour l’instant, le secrétariat général de l’OCDE n’a pas répondu à ces exigences. Et il n’a aucune intention d’y céder. Son argument: soumettre ses contacts extérieurs à l’approbation unanime des Etats membres serait condamner l’organisation à la paralysie complète. Chacun campe donc sur ses positions. Mais le temps ne joue pas en faveur de la Suisse, qui devra présenter ses progrès en matière de transparence fiscale avant le G20 prévu en novembre prochain. Il n’est pas certain que la trêve fragile avec l’OCDE tiendra jusque-là.