«Nous n’avons rien à négocier ni à décider.» Simonetta Sommaruga donne le ton d’entrée. Sa rencontre avec la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en préambule au Forum économique mondial de Davos était avant tout une prise de contact. En raison du temps pris par la composition de sa nouvelle équipe – plusieurs commissaires proposés par l’Etat qu’ils devaient représenter à Bruxelles ont été contestés – l’ancienne ministre allemande n’a pas pu recevoir Ueli Maurer durant son année présidentielle. C’est donc Simonetta Sommaruga qui a eu l’honneur de ce premier entretien. Les deux présidentes n’étaient pas seules. Du côté suisse, Ignazio Cassis, Karin Keller-Sutter ainsi que le chef de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), Benoît Revaz, étaient présents. Ursula von der Leyen était notamment secondée par le commissaire autrichien Johannes Hahn, désormais chargé du budget et de l’administration après s’être occupé des relations avec les Etats voisins durant l’ère Juncker.

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Il n’y avait rien à décider, c’est relativement clair. Mais n’y avait-il vraiment rien à négocier? C’est moins sûr. Comme l’a souligné Simonetta Sommaruga lors de la conférence de presse qui a suivi la rencontre dans les locaux de la House of Switzerland, elle a rappelé que la Suisse avait la volonté de «sécuriser les relations bilatérales par la conclusion d’un accord. Mais la discussion interne n’est pas terminée et c’est dans l’intérêt des deux parties de prendre son temps». Le dispositif de lutte contre le dumping salarial, les questions des aides d’Etat et de la citoyenneté sont encore ouvertes. Du côté suisse, rien ne bougera avant la votation du 17 mai sur l’initiative de l’UDC sur la restriction de la libre circulation des personnes, ce sujet étant directement lié à l’accord institutionnel. Celui-ci continue ainsi de jouer le rôle du Godot de la politique européenne.

«J’en parlerai aussi à Donald Trump»

Mais il se passe des choses sur des terrains parallèles. Les deux présidentes ont longuement débattu du climat. «Le Green Deal de l’Union européenne fixe le même objectif de décarbonation d’ici à 2050. L’Europe veut être le premier continent neutre du point de vue climatique. Nous avons un important potentiel de coopération. Nous sommes convenues de procéder à des échanges informels entre nos experts respectifs. La Suisse dispose d’une certaine expérience avec sa politique de transfert du trafic et avec sa taxe CO2 sur les combustibles, remboursée aux deux tiers à la population et aux entreprises, le solde étant affecté à l’amélioration de l’état des bâtiments», résume-t-elle.

A-t-elle proposé, comme l’a suggéré le Tages-Anzeiger ce week-end, une contribution financière de la Suisse au Green Deal européen, qui porte sur un milliard d’euros? «Nous n’avons pas fait d’offre», répond celle qui est aussi la cheffe du Département fédéral chargé de l’environnement. Elle précise qu’elle a aussi l’intention d’aborder le thème du climat avec Donald Trump ce mardi, les Etats-Unis ayant tourné le dos à l’Accord de Paris qui aiguillonne les démarches en cours en Europe.

Deux sujets qui fâchent

Si elles semblent sur la même longueur d’onde à propos du climat, les deux femmes ont aussi abordé deux sujets qui fâchent. Premièrement, plusieurs entreprises pharmaceutiques suisses ont fait part de leurs inquiétudes à propos de la reconnaissance mutuelle de la conformité des produits. L’accord bilatéral en question (ARM), entré en vigueur en 2002, arrive à échéance à fin mai, soit quelques jours après le vote sur l’initiative de l’UDC. «Nous en avons parlé. Nous souhaitons au minimum le statu quo. C’est important pour la sécurité des patients suisses et européens et pour la sécurité de l’approvisionnement en produits médicaux. L’UE doit faire un pas en notre direction à ce sujet. Elle a pris note», plaide Simonetta Sommaruga.

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Autre facteur de tensions bilatérales: la non-reconnaissance de l’équivalence boursière. Le Conseil fédéral a certes mis en place un plan B. Mais le parlement a conditionné le versement d’une nouvelle contribution de la Suisse aux pays de l’Est – en l’occurrence 1,3 milliard sur dix ans – à l’abandon par l’UE de mesures discriminatoires à l’encontre de la Suisse. «J’ai expliqué à Ursula von der Leyen ce que nous entendions par cette disposition. A eux maintenant de se demander ce que cela signifie pour eux», insiste Simonetta Sommaruga. L’asile était également à l’ordre du jour. La Suisse soutient le projet de réforme du traité de Dublin, qui prévoit une gestion plus solidaire de l’immigration.

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