Le Conseil fédéral donne un premier signal en direction d’une sortie de crise. Il a certes décidé de prolonger le confinement partiel de la population, mais pour une durée d’une semaine seulement, soit d’ici au 26 avril. Il laisse ainsi passer la trêve pascale en espérant que les gens resteront disciplinés et compte profiter de ce délai pour élaborer une stratégie d’assouplissement des mesures prises dans le cadre du droit d’urgence.

L’UDC impatiente

Ces derniers jours, le gouvernement avait été placé sous une très forte pression. Les milieux économiques ont réclamé un retour progressif à la normale. Le seul secteur de la gastronomie a estimé ses pertes à 3 milliards de francs en six semaines. Quant aux partis politiques, la belle unité qu’ils avaient affichée au soir du 16 mars s’est lézardée. Emmenée par la CEO d’Ems-Chemie, Magdalena Martullo-Blocher, l’UDC était la plus impatiente, réclamant le redémarrage des activités sur les lieux de travail, quitte à équiper toute la main-d’œuvre de masques de protection.

Dans ce contexte tendu, le Conseil fédéral n’a pas pris de mesures concrètes, se contentant d’offrir des perspectives aussi bien à la population qu’à l’économie. Il a laissé entrevoir de «la lumière au bout du tunnel» en commençant par remercier toutes et tous les Suisses de leur comportement très responsable depuis le début du confinement partiel. «Je vous félicite de tout cœur pour votre solidarité», a souligné la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga. «Nous sommes sur le bon chemin, mais nous n’avons pas encore atteint le but», s’est-elle empressée d’ajouter.

Revenir en arrière si nécessaire

Car sur le plan sanitaire, rien ne permet encore le moindre pronostic définitif, a rappelé Daniel Koch, le chef de la division des maladies transmissibles à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). A ce jour, la Suisse compte 23 000 cas positifs et déplore quelque 800 décès. Mais l’évolution est positive. La rapidité de la propagation du virus a nettement diminué. Les courbes des nouveaux cas comme des hospitalisations se sont aplanies, de sorte que les hôpitaux ne sont pas débordés. «Nos mesures portent leurs fruits», a constaté avec satisfaction le ministre de la Santé, Alain Berset. A quelques jours de la trêve pascale, lui aussi a voulu se montrer très prudent. «L’équilibre actuel est très fragile et notre objectif prioritaire reste la santé publique», a-t-il insisté.

Une chose est sûre: le Conseil fédéral a promis de premières mesures d’ouverture pour la fin avril déjà. Mais il n’a pas précisé lesquelles. Rouvrira-t-on d’abord les écoles, les commerces, les restaurants ou les chantiers qui avaient été fermés? Bien que prié à plusieurs reprises de devenir plus concret, Alain Berset a demandé de la patience aux journalistes, se contentant de répéter les deux critères qui seront décisifs: d’une part, l’évolution des nouvelles infections et des décès, et, d’autre part, la façon dont les mesures d’éloignement social et d’hygiène pourront être respectées. Le Conseil fédéral n’exclut même pas de revenir en arrière si les assouplissements décidés font craindre un retour de la pandémie.

«L’Etat ne pourra pas s’engager partout»

Du côté des mesures économiques annoncées ce mercredi, le conseiller fédéral Guy Parmelin n’a pas caché que l’Etat ne pourrait pas aider tout le monde. «Les mesures sanitaires ont de très graves conséquences sur notre économie, a souligné le Vaudois. Un million et demi de personnes travaillant pour 120 000 entreprises sont au chômage partiel et la production du pays a chuté de 25% en moyenne. Il nous faut désormais envisager une crise durable. Pour préserver le tissu économique suisse et ménager nos ressources, je dois avertir: afin d’éviter qu’une génération entière ne doive supporter les dettes du pays, l’Etat ne pourra pas s’engager partout.» Il a cependant annoncé les mesures suivantes.

Tout d’abord, le Conseil fédéral va élargir le cercle des ayants droit au chômage partiel. Ceux dont le taux d’occupation fluctuait de plus de 20% – jusque-là exclus du programme d’aide – pourront être pris en considération à condition qu’ils aient travaillé au moins six mois dans la même entreprise. «Cette mesure permettra à 200 000 personnes supplémentaires de toucher des aides», a souligné Guy Parmelin. Les revenus provenant d’occupations provisoires ne seront par ailleurs plus déduits des indemnités de chômage partiel. Un amendement qui permettra aux gens concernés d’augmenter leur revenu tout en les incitant à s’engager de manière temporaire dans les domaines stratégiques qui ont le plus besoin de main-d’œuvre, comme la santé ou l’agriculture. Afin de soulager les entreprises qui regardent les jours défiler la peur au ventre, le Conseil fédéral a également supprimé la durée maximale de l’indemnisation – actuellement limitée à quatre mois – en cas de perte de travail de 85%.

Pas (encore) de solution pour les indépendants

Enfin, le ministre de l’Economie a finalement annoncé la suppression des droits de douane sur les importations de matériel médical pour faciliter la collaboration internationale. Il a aussi promis une aide aux start-up au bord du gouffre, mais a refusé l’intervention de l’Etat sur la question des loyers. «Cela ne rendrait pas justice à la diversité de la situation», a souligné le Vaudois, qui a incité bailleurs et locataires à «chercher le dialogue». Une task force a cependant été mise sur pied pour analyser la situation et trouver des solutions «dans le cadre du droit existant».

Toujours dénués d’indemnisation, les indépendants restent par ailleurs sur leur faim: «Il est extrêmement complexe de trouver une solution praticable les concernant, s’est défendu Guy Parmelin. Nous voulons éviter des abus et réfléchissons encore au système grâce auquel nous pourrons aider au mieux ces personnes.» Une réponse au problème pourrait passer par l’allocation pour perte de gain, a renchéri le conseiller fédéral, sans donner davantage de détails.