«On étouffe»! Tel est le slogan choisi par l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) pour mener sa campagne en faveur de l’initiative «Pour une immigration modérée», qu’elle a lancée avec l’UDC. Pour mieux combattre l’accord sur la libre circulation des personnes (LCP) avec l’Union européenne (UE), elle axe son argumentaire sur la qualité de vie «de plus en plus menacée». Infrastructures surchargées, bétonnage du territoire, pénurie de logements et loyers inabordables: «Il faut stopper l’immigration incontrôlée», dit-elle dans un discours qu’elle essaie de teinter d’écologie.

Fondée en 1986 par des messieurs relativement âgés comme Otto Fischer et Christoph Blocher, l’ASIN fait tout pour se départir de cette image. Ce n’est pas un hasard. Alors que l’UDC visera son électorat traditionnel, sa «filiale» part à la conquête de celles et ceux qui n’ont pas majoritairement soutenu l’initiative «Contre l’immigration de masse» en 2014: les femmes, les jeunes et les citadins. Ce jeudi, pas moins de quatre femmes de 17 à 28 ans ont plaidé pour le oui.

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Confuse bataille de chiffres

Lors de sa conférence de presse, l’ASIN a fait une large place au Tessin, canton qui avait plébiscité la première initiative migratoire de l’UDC à 68% voici six ans. Son vice-président, Marco Chiesa, et la conseillère communale de Cadro Raide Bassi ont longuement décrit la situation «insupportable» que l’on connaît au sud des Alpes: un nombre record de frontaliers – 168 000 désormais – ravissent leur emploi aux résidents suisses. «Un immigré seulement sur cinq est engagé dans un secteur qui connaît une pénurie de personnel qualifié», souligne Marco Chiesa. «C’est dire que la libre circulation des personnes est une machine à produire de la main-d’œuvre bon marché», en déduit-il.

La campagne de votation qui débute se résumera souvent à une confuse bataille de chiffres qu’il sera difficile de vérifier pour les électrices et les électeurs. Souvent, les initiants parlent d’un solde migratoire «d’environ 80 000 personnes» par an en Suisse, alors qu’il a chuté à 55 000 personnes en 2019. «C’est encore beaucoup trop. Cela représente une ville de la taille de Bienne, là où je suis née», s’est exclamée Sandra Schneider, la présidente des Jeunes ASIN Suisse. «Il est temps de tirer la sonnette d’alarme.»

Une campagne à 650 000 francs

Pour sa part, le coordinateur romand de l’ASIN, Kevin Grangier, s’est livré à une métaphore audacieuse: «La libre circulation des personnes est à la Suisse ce que le dopage est au cyclisme. En 2000, le cycliste suisse s’est laissé séduire par le cynique Dr Bruxelles, de sorte que la LCP a effectivement dopé le PIB, mais sans se rendre compte que les effets secondaires allaient ruiner sa santé», explique-t-il. Retraites menacées, marginalisation des seniors sur le marché du travail et explosion des coûts de la santé conduiront la Suisse à «sa mort par asphyxie».

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A noter que l’ASIN est pour l’instant le seul acteur à se montrer transparent sur le plan financier: elle investira 650 000 francs dans sa campagne. De leur côté, aussi bien l’UDC que la faîtière Economiesuisse se refusent à toute déclaration, même si leurs budgets se chiffreront en millions.