Six hommes arrêtés à Chypre, soupçonnés d'entretenir des liens plus ou moins étroits avec une organisation terroriste, seront renvoyés mardi vers l'aéroport de Bâle-Mulhouse, d'où ils étaient partis samedi. Bâle soupire: ils n'entreront pas en Suisse. Partis de France, ils seront remis aux autorités françaises, indique la police fédérale (fedpol).

La police chypriote a interpellé les six Français âgés de 25 à 33 peu après leur atterrissage à Larnaca samedi. Constatant qu'ils étaient visés par une alerte d'Interpol pour leurs liens avec des terroristes, les autorités de l'île ont refusé de les laisser entrer sur leur territoire.

Hausse de procédures pénales en lien avec le terrorisme 

La Suisse a également renforcé la surveillance de ses frontières depuis dix jours, bien que fedpol considère qu'il n'existe pas de «menace concrète». «Le niveau d'alerte est considéré comme élevé depuis la fin 2014, en lien avec l'émergence de l'Etat islamique et plus précisément du califat», précise un porte-parole.

Lire aussi: «Pourquoi les services de renseignements français patinent face à l'Etat islamique»

Mais la menace terroriste occupe bel et bien le procureur général de la Confédération Michael Lauber (MPC) depuis plusieurs mois. Le MPC confirme mener actuellement 33 enquêtes pénales en lien avec le terrorisme islamique, dont une douzaine ouvertes au cours des deux derniers mois seulement.

L'instance judiciaire fédérale reçoit davantage de signalement de la part de la population, «sensibilisée au risque de terrorisme». En cas de doute, elle ouvre des poursuites pénales et effectue à des arrestations ou des perquisitions.

La plupart des procédures concernent des cas de soutien d’une organisation criminelle, ou vise des individus partis dans les zones de combat – les autorités ont enregistré environ 70 «voyageurs du djihad» depuis 2001, partis pour la Syrie, l'Irak, la Somalie, l'Afghanistan, le Pakistan ou le Yémen.

La mosquée de Winterthour sous les projecteurs

Plusieurs d'entre eux viennent de Winterthour. Dans l'hebdomadaire proche de l'UDC «Weltwoche», le reporter de guerre Kurt Pelda relatait, au lendemain des attentats, le cas d'un sixième jeune radicalisé dans cette ville, parti combattre en Syrie auprès de l'Etat islamique. 

Depuis, la mosquée de Winterthour An Nur se trouve à nouveau sous les projecteurs. Les jeunes radicalisés l'auraient tous fréquentée de près ou de loin, selon les médias alémaniques, qui s'interrogent depuis plusieurs jours sur le rôle d'un imam qui tiendrait dans les alcôves de ce lieu de culte des propos radicaux: le lybien Abu Mohammed.

Lire également: «La déradicalisation, nouvelle arme pour déconstruire le djihad»

Le président de l'association An Nur Atef Sahnoun réfute toute responsabilité dans ces départs: «Seul une des personnes parties en Syrie avait des liens avec la mosquée: l'un de ses parents la fréquentait. J'ai confiance à 190% en notre imam, qui vit en Suisse depuis 1995».

Les dirigeants de la mosquée ont d'ailleurs confié à Abu Mohammed la mission de raisonner les adolescents à la dérive. «Pas plus tard qu'au début du mois, nous avons empêché deux jeunes de 17 et 19 ans de partir», affirme Atef Sahnoun. 

La mosquée, qui a reçu la semaine dernière la visite d'un agent de la police cantonale de Zurich, a tout de même pris de mesures inhabituelles depuis les attentats. Elle impose des contrôles de sécurité à l'entrée du lieu de culte et la présence d'un membre du comité lors de l'enseignement coranique.