La Suisse va lancer un «vaste programme de prévention» auprès des entreprises pour limiter les risques de prolifération de technologies sensibles depuis son territoire, révèle un document officiel publié vendredi. Selon le «Rapport sur la sécurité intérieure de la Suisse» de l'Office fédéral de la police (OFP), les autorités ont constaté que de nombreuses sociétés suisses ignoraient les lois qui s'appliquent aux exportations vers des pays à risque comme l'Iran ou la Corée du Nord.

«Il s'agit notamment de PME actives dans l'import-export, dont les buts économiques sont mal définis et qui entretiennent des rapports avec des agences étrangères actives dans l'armement», a expliqué au Temps Jürg Bühler, de l'OFP. Certaines d'entre elles sont dirigées par des ressortissants de pays à risque, «au point que l'on peut se demander quel objectif poursuivent ces sociétés».

L'an dernier, une entreprise suisse a tenté d'exporter vers l'Iran des appareils de mesure pouvant être utilisés dans le cadre du programme nucléaire de ce pays. La transaction a été interdite après que l'Allemagne, où était fabriqué ce matériel, a refusé de délivrer un certificat d'exportation. La société suisse a tenté en vain de contourner cette interdiction en se faisant passer pour l'utilisatrice finale du matériel. Des spécialistes de l'OFP et du Secrétariat d'Etat à l'économie vont prendre contact avec les entreprises à risque pour faire respecter la réglementation qui soumet à autorisation le commerce de certaines technologies. Ces actions s'inscrivent dans les efforts de la Suisse pour ranimer le système multilatéral de contrôle des exportations sensibles, très affaibli depuis la fin de la guerre froide et la disparition du Cocom, dirigé contre le bloc communiste.

Regain de l'extrémisme albanais

Le Rapport sur la sécurité intérieure contient d'autres révélations intéressantes, notamment sur l'activité d'une organisation encore peu connue, le Front pour l'unification nationale albanaise (FBKSh), qui veut créer une Grande Albanie dans la région des Balkans, au besoin par la force. Le FBKSh a tenu plusieurs réunions en Suisse alémanique et y disposerait de plusieurs dirigeants, dont certains sont proches de l'UÇK, l'ancienne armée de libération du Kosovo. Selon les autorités suisses, les «activités extrémistes souterraines» du FBKSh présentent un «risque de déstabilisation» pour la Macédoine, une ancienne république yougoslave divisée entre communautés slave et albanaise.

Le rapport confirme que le numéro trois de l'organisation terroriste Al-Qaida, Khalid Sheikh Mohammed, a utilisé régulièrement les services d'un «prestataire de services téléphoniques» suisse qui est, selon nos informations, Swisscom. Le Temps avait révélé le 3 mars que les services de renseignement suisses avaient suivi les traces téléphoniques de Khalid Sheikh Mohammed durant plusieurs mois, l'an dernier. Les téléphones suisses de «KSM», arrêté en mars dernier au Pakistan, seraient devenus muets à l'automne 2002.

L'OFP estime enfin que la propension à la violence des groupes d'extrême gauche en Suisse a augmenté l'an dernier, de même que les confrontations de ceux-ci avec les extrémistes de droite. Les effectifs des manifestations se sont étoffés grâce au recrutement de militants âgés de 16 à 20 ans. Le rapport prédit une intensification des incidents violents entre l'extrême gauche et l'extrême droite.