Ah! la Suisse… Ici, en Europe, on ne connaît que ses montagnes, cette étrange tradition de «votationner» pour un oui pour un non, ses déclarations européennes mais ses attitudes de vierge effarouchée dès qu'il s'agit de s'engager vis-à-vis de l'Union et ses banques accueillant les rentiers belges soucieux de leur petite fortune non déclarée.

Tout cela est un peu cliché, je vous l'accorde, mais dans les journaux «européens», on parle peu, pour ne pas dire jamais de la bonne Helvétie.

Nul doute qu'après ces deux jours d'immersion totale dans le monde suisse, une quinzaine de journalistes étrangers en sait un peu plus sur cet irréductible petit pays encerclé par la grande Union européenne. Mais ce que l'on ne sait toujours pas, c'est si la Suisse est prête à prendre la place qui a priori lui revient dans cette Union.

«Oui», nous a-t-on répété à l'envi. Mais attention, dit-on aussi, très officiellement, nous ne voulons pas de votre monnaie unique, nous ne voulons pas non plus ne fût-ce qu'envisager la disparition du sacro-saint secret bancaire, nous ne voulons pas perdre notre neutralité, nous ne voulons pas «d'un juge étranger dans notre vallée». En clair, nous ne voulons pas être à la merci de décisions prises dans la bureaucratique et lointaine Bruxelles; nous ne voulons pas plus qu'un groupe d'Etats nous impose quoi que ce soit. Et on en passe et des meilleures.

Evidemment, la Suisse se porte comme un charme; il est donc d'autant plus difficile de plaider la cause d'une Union dont elle prétend ne pas avoir économiquement besoin.

L'Union adhère à la Suisse

Comme le résumait ironiquement un journaliste, «en fait ce n'est pas la Suisse qui doit adhérer à l'Union, c'est l'Union qui devrait adhérer à la Suisse». On peut en effet imaginer que la Confédération aurait beaucoup à apprendre à l'Union, même si les conseillers fédéraux et les banquiers se défendent, sourire en coin, de vouloir donner des leçons à leurs voisins européens. Le problème c'est qu'aussi longtemps qu'elle se réfugiera dans «l'Alleingang», la Suisse n'a aucune chance d'être entendue.

C'est d'autant plus dommage que dans quelques années, les Européens se pencheront une fois de plus sur le fonctionnement de leur Union et son avenir. La Suisse aurait, là, une carte à jouer avec sa grande expérience du fédéralisme, de la démocratie directe mais aussi de la cohabitation pacifique entre plusieurs cultures.

Mais de cette vision de l'Europe, il n'en aura jamais été question durant ces deux jours. Impossible, donc, de savoir dans quelle Union veulent vivre les Helvètes. De là à croire qu'ils ne veulent qu'une petite union – la leur –, il n'y a qu'un pas…