Les exportations de matériel de guerre ont battu un nouveau record en 2009. La Suisse a vendu des armes à l’étranger pour un total de 727,7 millions de francs, soit une hausse de 0,8% par rapport à l’année précédente.

Elles se portent mieux que pour les autres biens: l’ensemble des exportations de marchandises a lui reculé de 13,5%. Vu le décalage entre commandes et livraisons, les effets de la crise ne pourraient se faire sentir que dans quelques années, a indiqué mercredi le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) en publiant ses chiffres.

Arabie Saoudite, deuxième client

Si le principal acquéreur de matériel de guerre a été l’Allemagne (138 millions de francs), l’Arabie saoudite arrive juste derrière avec 132 millions de francs (huit systèmes de défense aérienne et leurs munitions). Les livraisons à Riyad se basent sur une décision du Conseil fédéral remontant à 2006, rappelle le SECO.

L’exportation n’a eu lieu qu’en 2009 car le matériel devait encore être produit. Un tour de vis a été effectué depuis. En mars dernier, le gouvernement a accepté des demandes d’exportation de matériel de guerre vers l’Inde et la Corée du Sud mais a dit non pour l’Arabie saoudite, l’Egypte et le Pakistan. Conformément à cette décision, plus aucune nouvelle autorisation n’est accordée pour ces trois pays, sauf pour les munitions et les pièces de rechange dont la livraison a été acceptée antérieurement. La Suisse a ainsi encore livré en 2009 pour 1,5 million de matériel au Pakistan et pour 399 889 francs à l’Egypte.

Parmi les autres exportations décriées par les milieux pacifistes figurent les ventes vers les Etats-Unis (36,4 millions), l’Inde (4,2 millions), la Corée du Sud (2,2 millions) et Israël (100 638 francs). Les montants se rangent pour la plupart loin derrière les trois derniers pays du «top 5»: Danemark (77 millions), Grande-Bretagne (69 millions) et Belgique (60 millions).

Environ 69% du matériel de guerre a été livré à des pays membres des 25 Etats participant aux régimes internationaux de contrôle à l’exportation de biens sensibles, souligne le SECO. L’an dernier, le secrétariat d’Etat a reçu 2504 demandes d’exportation (contre 2634 en 2008).

Ventes interdites

Dans 2493 cas, il a donné son aval à des ventes d’une valeur totale de 2,7 milliards. Dans 11 cas, il a dit non. Les requêtes portaient essentiellement sur des armes individuelles à épauler, des armes de poing et du matériel de conduite de tir. Les refus concernaient trois pays asiatiques, deux africains, un d’Europe de l’Est et un du Proche-Orient. Le SECO refuse de nommer directement ces Etats. Quant aux motifs de refus, ils correspondent aux exigences de la législation suisse.

Les ventes ne peuvent ainsi être autorisées en cas de violation systématique des droits de l’homme, d’implication dans un conflit interne ou international ou s’il y a un risque que les armes soient utilisées contre la population civile ou revendues à un Etat tiers. Dans la même veine, le SECO a répondu négativement à 9 des 27 demandes de préavis déposées.

Véhicules blindés en premier

Au top des livraisons l’an dernier figurent les véhicules blindés (33%). Suivent les munitions (24%), les armes de tout calibre, dont notamment les canons antiaériens (13%), les grenades à main et engins guidés (11%), le matériel de conduite de tir (7%) et les aéronefs militaires (5%).

Le SECO publie parallèlement un rapport sur l’exportation des armes légères et de petit calibre. La Suisse en a vendu 26 296 l’an dernier, contre 11 333 en 2008. Les principaux acheteurs à l’étranger sont les entreprises de commerce d’armes, les entreprises industrielles et les organes de police.

Initiative rejetée

Les Suisses semblent plus sensibles à la bonne santé de l’industrie d’armement helvétique et aux emplois qu’elle procure qu’aux couacs à répétition qui ont émaillé les ventes d’armes les dernières années. En novembre, 68,2% des votants ont ainsi rejeté l’initiative populaire du Groupe pour une Suisse sans armée visant à interdire les exportations de matériel de guerre.