La Suisse ne peut attendre aucune concession d’une UE fragilisée

Bilatérales Ebranlée par la crise grecque, Bruxelles n’a pas les moyens de faire de cadeaux à la Suisse

La critique contre une Europe qui a peur du référendum gagne désormais la gauche europhile

Le référendum grec a fragilisé l’Union européenne, mais les Suisses auraient tort de croire qu’ils pourront en tirer profit pour obtenir des concessions en faveur de leur propre cause. Alors que le sommet de la zone euro tentait mardi de trouver une ultime stratégie pour éviter une sortie de la Grèce, il n’y avait guère que l’UDC pour trouver encourageant le résultat du référendum grec de dimanche.

Déçus de l’incapacité des dirigeants européens à trouver une solution pour sauver la Grèce, même les plus europhiles craignent qu’une UE ébranlée soit précisément dans l’impossibilité de faire preuve de souplesse. Surtout envers un Etat non membre du club.

Pour les leaders de l’UDC, comme l’Argovien Luzi Stamm, qui se réjouit que la Grèce ait eu le courage de dire non à Bruxelles, il devrait être d’autant plus facile pour la Suisse de demander une clause de sauvegarde en matière de libre circulation des personnes. Même s’il refuse toute comparaison entre la crise de la dette grecque et l’immigration en Suisse, Luzi Stamm voit dans la réaction des dirigeants européens une incapacité à respecter la volonté démocratique des peuples. Que ce soit en Grèce ou en Suisse. «C’est la preuve qu’aussi bien la libre circulation que la création de la monnaie unique ont été des erreurs de conception, puisque les peuples les rejettent», selon lui.

Si Luzi Stamm voit donc dans le non grec un encouragement pour la Suisse à rester intransigeante face à Bruxelles, Carlo Sommaruga, président de la Commission des affaires extérieures du Conseil national, prédit qu’au contraire une UE déstabilisée sera d’autant plus incapable de la moindre concession envers la Suisse. «Le référendum grec est la démonstration de la faiblesse de l’UE, tout comme son incapacité à faire face à la vague d’immigration et à se répartir les demandeurs d’asile. Contrainte à une remise en question fondamentale, l’Europe va encore se raidir face aux demandes d’un Etat tiers.»

D’autant plus, selon lui, que la Suisse s’attaque à un pilier fondamental de l’acquis communautaire, la libre circulation, qu’aucun pays membre, même la Grande-Bretagne, ne remet en question.

On comprend de moins en moins à Berne l’inflexibilité de Bruxelles face à la demande de négociation suisse. Après tout, dit un haut fonctionnaire, le problème que pose la Suisse à l’Europe – obtenir une clause de sauvegarde pour la libre circulation en cas d’immigration massive – est sans aucun rapport avec la menace d’un «Grexit» ou d’une banqueroute grecque.

Mais, ajoute-t-il, une UE sans inspiration, incapable de percevoir les enjeux fondamentaux, qui ne donne le sentiment d’être dirigée que par François Hollande et Angela Merkel, peut plus facilement dire non à la Suisse qu’à la Grèce.

Car il faudrait encore que la Suisse trouve un interlocuteur à Bruxelles. Or, avec la Grèce, l’approche du référendum en Grande-Bretagne, l’Ukraine et les vagues de réfugiés en Italie, les Européens ont d’autres chats à fouetter que de s’attarder sur les problèmes suisses, confirme un observateur bruxellois. Même la tentative de Didier Burkhalter d’impliquer les pays voisins dans la recherche d’une solution en raison de la présence de quelque 300 000 frontaliers laisse peu de perspectives. «Nos voisins ne sont pas dupes. Ils savent bien que quoi qu’il arrive, la Suisse ne pourra pas se passer de cette main-d’œuvre et que le nombre de frontaliers ne baissera pas significativement», analyse un proche du Conseil fédéral.

Il reste que la manière dont l’UE a traité la crise grecque a profondément ébranlé les plus europhiles des parlementaires. «Cette politique d’austérité imposée unilatéralement durant les cinq dernières années a échoué», constate ainsi le président du PS, Christian Levrat. Pour le socialiste, en s’immisçant dans la politique intérieure de la République hellénique, l’UE a commis une grave erreur. La Grèce a un gouvernement légitime, élu démocratiquement, et avec lequel l’UE doit trouver une solution.

«L’UE est devenue un club antidémocratique et inflexible, au dogmatisme néolibéral, dénonce la socialiste zurichoise Jacqueline Badran. Cela se reflète aussi dans son attitude intransigeante envers la Suisse. Le diktat de Bruxelles est insupportable.»

Comment, dans ce climat où le rejet de l’UE gagne aussi les derniers euro-optimistes, préparer sereinement l’inévitable votation, l’an prochain, sur la mise en œuvre de l’article «Contre l’immigration de masse» et sur le maintien des relations bilatérales? C’est le défi auquel est désormais confronté le Conseil fédéral.

«L’UE est devenue un club antidémocratique et inflexible, au dogmatisme néolibéral»