La Grèce a été exclue du système dit de Dublin après plusieurs condamnations par la Cour européenne des droits de l’homme pour ses mauvaises conditions d’accueil. En visite sur l’île de Lesbos lundi et mardi à Athènes, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a pu constater que si des progrès ont été faits, la réactivation de Dublin, qui permet de renvoyer les demandeurs d’asile dans le pays par lequel ils sont entrés, ne pourra pas se faire «immédiatement».

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En compagnie du ministre grec de l’immigration, la conseillère fédérale a d’abord visité Moria, le centre de premier accueil pour réfugiés et migrants, une sorte de prison à l’air libre, entourée de hauts grillages et de fils barbelés. Dans ce «hotspot» géré par le gouvernement, seulement une partie des réfugiés et migrants peuvent se déplacer librement. Ceux qui ont vu leur demande d’asile refusée attendent, enfermés, d’être renvoyés en Turquie comme le prévoit l’accord Union européenne-Turquie. Signé il y a un peu plus d’un an, il a permis de réduire considérablement le nombre d’arrivées de migrants et réfugiés sur les îles grecques.

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Conditions de vie très difficiles

Ceux qui vivent à Moria décrivent des conditions de vie très difficile, comme Salif Be Mouamar, un Camerounais de 28 ans, venu discuter, les mains à plat sur le grillage: «La nourriture ne nous suffit pas. Dernièrement, on nous a donné un matelas, mais avant, on dormait sur des couvertures par terre. Et pour avoir de la lumière dans notre chambre, on doit payer un entremetteur pour tirer un câble du générateur, illégalement.»

L’hiver a été la période la plus difficile, alors que cinq personnes sont décédées à cause des mauvaises conditions d’accueil. Alors qu’en septembre dernier, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés avait proposé un plan pour améliorer les conditions d’accueil avant l’arrivée du froid, les conteneurs n’ont été installés sur le site que récemment. Malgré la neige, le jeune Camerounais a passé plusieurs mois sous la tente et se plaint aujourd’hui de sinusites chroniques. Mais ce qui l’épuise le plus, c’est la lenteur de la procédure d’asile. Il est ici depuis sept mois, il n’a obtenu son premier entretien pour obtenir le statut de réfugié que quatre mois plus tard – et depuis, il attend.

Le gouvernement grec a fait des efforts

Pour Simonetta Sommaruga, le gouvernement grec a fait des efforts pour améliorer le service d’asile, «encore inexistant il y a quatre ans», rappelle-t-elle, mais «les migrants doivent attendre des semaines, parfois des mois pour obtenir une décision sur leur cas». La Suisse a choisi de l’aider à alléger son fardeau en participant volontairement au programme européen des relocalisations de réfugiés. 600 personnes doivent être envoyées en Suisse d’ici la fin de l’année, tandis que 317 sont déjà arrivées. Selon elle, cette solidarité n’est pas gratuite. Au sein du système dit de Dublin, «tout le monde doit faire son devoir», même si elle se dit consciente, vu la situation, que «cela va prendre du temps».

La Suisse apporte également une aide financière indirecte à la Grèce. Elle a versé en tout 330 000 francs suisses à l’organisation non gouvernementale Metradrasi pour des postes de traducteurs et d’interprètes. En 2015 et 2016, le HCR a reçu 870 000 francs suisses pour ses opérations sur les îles. Et la Suisse finance également une unité de soins médicaux de base dans le camp de Kara Tepe à hauteur de 160 000 francs suisses pour encore au moins six mois.