«Il ne faut surtout pas freiner par des lenteurs administratives la dynamique de retour qui s'est amorcée. Je ne comprends par exemple pas pourquoi il faut autant de temps à la Macédoine pour garantir le passage de ceux qui veulent rentrer.» Ce commentaire du patron de la Direction du développement et de la coopération (DDC), Walter Fust, fait écho aux observations recueillies sur place par l'un de ses adjoints, Toni Frisch, qui rentre d'un séjour d'une semaine en Albanie, en Macédoine et au Kosovo.

Sur place, Toni Frisch a ressenti «une grande volonté de reconstruire» de la part d'une bonne partie des 500 000 exilés qui sont déjà revenus des camps de Macédoine et d'Albanie. «J'ai été surpris de voir qu'autant de monde était rentré si rapidement», a-t-il déclaré mercredi à Berne. C'est aussi pour stimuler cette «dynamique du retour» que Walter Fust plaide en faveur de la levée de l'admission provisoire collective qui a été accordée aux réfugiés kosovars par le Conseil fédéral ce printemps. Pour le patron de la DDC, il s'agit d'une étape importante si l'on veut encourager ceux qui ont trouvé refuge en Suisse à repartir chez eux. «Il y en a beaucoup qui veulent rentrer. Nous ne devons pas les retarder», insiste-t-il.

«Ceux qui sont ici devraient envoyer l'un des leurs voir comment la situation évolue sur place. S'ils attendent trop avant de reprendre pied chez eux, ils risquent d'arriver trop tard», ajoute Toni Frisch, qui pense qu'un tiers des 60 000 Kosovars réfugiés en Suisse devraient être en mesure de rentrer avant l'hiver. Le terrain n'est-il pas trop miné pour que l'on encourage leur retour dès maintenant? «Il y a des mines, c'est clair. Mais j'ai pu constater que les programmes de déminage progressaient nettement plus rapidement au Kosovo que ce n'avait été le cas en Bosnie», assure-t-il.

Le Conseil fédéral va-t-il satisfaire le souhait de Walter Fust et lever prochainement l'admission provisoire collective? Pas si vite, répond le délégué spécial pour le Kosovo, Urs Hadorn, de l'Office fédéral des réfugiés (ODR). «C'est effectivement notre travail d'examiner si les conditions sont réalisées. Nous sommes en train de préparer un document qui servira de base de discussion pour le Conseil fédéral. Nous y présentons les arguments pour et contre une levée de cette protection provisoire. Mais ne vous attendez pas à ce qu'il prenne une décision avant la rentrée. Il en parlera lors d'une de ses premières séances du mois d'août», tempère-t-il. Dans ce document, la stratégie des autres pays sera également évoquée.

Consulat à Pristina envisagé

Urs Hadorn précise encore que, contrairement à ce qu'il attendait, la question de la levée de l'admission provisoire n'a quasiment pas été abordée lors de la conférence internationale qui s'est déroulée lundi à Genève. Les Etats qui y ont participé ont cependant tous appuyé l'idée de faciliter les retours volontaires. Les efforts déployés par la DDC vont dans ce sens. C'est pourquoi l'aide à la reconstruction est devenue l'une des priorités de la politique suisse. «Nous devons mettre l'accent sur l'approvisionnement en eau et la distribution de matériaux de construction, qui permettront de construire des abris. C'est un travail important pour préparer le retour des réfugiés», ajoute Toni Frisch.

Les efforts de l'aide suisse pour la reconstruction du pays porteront notamment sur la zone sud-ouest du Kosovo, celle qui a le plus souffert de la guerre. Mais de nouveaux besoins se font déjà sentir: «J'ai pu constater que beaucoup de gens souhaitaient bénéficier de petits crédits ou avoir du bétail. La volonté de créer des emplois est très forte», détaille encore Toni Frisch.

Par ailleurs, une délégation de trois experts s'apprête à partir au Kosovo afin d'étudier la possibilité d'ouvrir un consulat suisse ou une antenne de l'ambassade de Belgrade à Pristina. Et Joseph Deiss se rendra lui-même dans la capitale kosovare à la fin du mois.