Obtenir le passeport suisse sans renoncer à une autre nationalité n'est possible que depuis 1992. Ce n'est que depuis cette année-là que la Suisse reconnaît la double nationalité pour un ressortissant étranger qui passe par une procédure de naturalisation ordinaire. Idem pour les naturalisations par mariage. Jusqu'à la fin de 1991, seules les femmes étrangères pouvaient d'ailleurs acquérir automatiquement le droit de cité suisse en épousant un Suisse. Un époux étranger d'une Suissesse devait, lui, passer par une procédure ordinaire. Désormais, l'égalité de traitement est de mise: le conjoint étranger peut présenter une demande de naturalisation facilitée s'il a vécu depuis trois ans en communauté conjugale, a résidé pendant cinq ans en Suisse et s'il s'y trouve depuis une année lors de la demande. En plus de cette égalité, il ne perd plus automatiquement sa nationalité si son pays d'origine ne le lui impose pas.

Les Suisses pouvaient déjà avant 1992 adopter la nationalité d'un autre pays sans forcément perdre la leur. Mais jusqu'en 1952 encore, une Suissesse qui épousait un étranger perdait son droit de cité. La mort d'une Argovienne veuve d'un Juif de France dans un camp de concentration alors qu'elle avait cherché à réintégrer sa nationalité, a poussé le Conseil fédéral à changer de législation. Dès 1952, une Suissesse épousant un étranger pouvait ainsi garder son passeport suisse si elle en faisait la demande expresse. Et depuis 1992, elle n'a plus besoin de se manifester pour conserver son précieux document à croix blanche.

Si la Suisse accepte la double nationalité depuis 1992, il arrive en revanche que le droit du pays d'origine d'un ressortissant étranger prévoie la perte automatique du droit de cité en cas d'acquisition volontaire de la citoyenneté d'un autre Etat. La plupart des Etats européens autorisent la double nationalité en cas de naturalisation en Suisse. Mais pas la Belgique, les Pays-Bas ou le Danemark, par exemple. Hors Europe, l'Afrique du Sud, la Tanzanie, le Koweït, l'Irak, la Libye ou encore l'Inde estiment que le candidat à la naturalisation doit faire un choix. Une soixantaine de pays en tout agissent ainsi.