Le Temps: La crise actuelle tend à renforcer certains réflexes nationalistes. Le Conseil de l’Europe peut-il faire quelque chose contre cette tendance? Micheline Calmy-Rey: Nous vivons dans un pays démocratique où l’on a toujours dit à la population qu’elle pourrait décider elle-même de tout ce qui touche à son quotidien. Or, la crise économique et financière a démontré que de nouveaux problèmes pouvaient venir de l’extérieur et qu’ils devaient être réglés sur le plan international. Cela génère des peurs et des insécurités. Mais il ne faut pas s’énerver inutilement. Le repli sur soi n’est pas une réponse adéquate. Nous ne pouvons pas résoudre seuls la crise financière. Nous ne pouvons pas nous contenter de vivre dans une bulle. Nous vivons dans un monde globalisé de concurrence entre les Etats. Dans ce contexte, le Conseil de l’Europe est un espace de droit et de standards qui contribue à la stabilité du continent.

- Il ne résout cependant qu’une petite partie des problèmes. N’êtes-vous pas en train de faire la démonstration que la Suisse devrait appartenir aux organisations qui règlent les autres problèmes? - Nous sommes aussi membres de l’OSCE, de l’OCDE, de l’AELE. La réponse du continent européen à l’interdépendance croissante du monde et de la globalisation a été l’intégration régionale, sous les formes de l’AELE et de ce qui est aujourd’hui l’Union européenne.

- L’adhésion à l’Union européenne ne sera-t-elle pas inévitable? - Le Conseil fédéral examine régulièrement toutes les options en fonction de leur avantages et de leurs inconvénients, qu’il s’agisse de la poursuite de la voie bilatérale, de la voie bilatérale plus (avec le règlement institutionnel de la question de la reprise de l’acquis), de l’EEE ou de l’adhésion. Le Conseil fédéral devrait présenter son rapport avant l’été. Je pense que si nous parvenons un jour à la conclusion que l’adhésion est la voie à suivre, cela ne doit pas se faire avec le sentiment que nous n’avons pas d’autre solution. Un pays souverain ne doit prendre une telle décision que librement et volontairement après avoir procédé à la pesée de tous les intérêts, de manière soigneuse, raisonnable et factuelle. C’est un grand défi qui nous attend.

Extraits de l’interview à paraître demain jeudi dans Le Temps