Le Temps: Que pensez-vous du projet que le Conseil fédéral va mettre en consultation?

Etienne Piguet: Les points que j'estimais encore problématiques dans la proposition très semblable de la Commission fédérale des étrangers ont été clarifiés: la définition de la deuxième, respectivement la troisième génération me semblent laisser peu de place aux cas limites. Par ailleurs, en rendant non seulement automatique, mais aussi obligatoire la naturalisation de la troisième génération, le Conseil fédéral est généreux tout en évitant d'offrir un droit d'option auquel les Suisses n'ont pas droit. Si ce projet devait être appliqué tel quel, la Suisse ne serait pas un pays généreux, mais au moins serait-elle sortie de la situation du Sonderfall.

– Vous pensez donc qu'elle est un Sonderfall aujourd'hui?

– Pas du point de vue des résultats, le nombre de naturalisations étant plus ou moins dans la norme. Mais du point de vue de la procédure, et de l'arbitraire auquel celle-ci l'expose, oui.

– Si ce texte devait être soumis tel quel au peuple, à quel accueil faudrait-il s'attendre?

– Ce ne sera pas facile, plusieurs aspects étant controversés. A Zurich, la seule proposition de réduire les taxes de naturalisation provoque des réactions très controversées, et pas seulement dans les rangs de l'UDC. Sans compter que l'idée du droit de recours, telle que le propose le Conseil fédéral, touche à l'autonomie communale qui est quelque chose d'extrêmement important en Suisse.