Le bouclier antimissile, dont l’OTAN vient d’officialiser la première phase, a beau passer par-dessus la tête des Suisses dans tous les sens de l’expression, il pourrait néanmoins avoir des conséquences sur la politique étrangère et la politique de sécurité de la Confédération. Certains, à Berne, s’étaient même interrogés sur une éventuelle participation qui aurait renforcé la contribution de la Suisse à une architecture européenne de défense. Neutralité oblige, on y a vite renoncé.

Présenté comme la véritable clé de voûte de l’Alliance atlantique pour assurer la protection collective des 28 pays d’Europe et d’Amérique du Nord membres de l’organisation, le bouclier devrait être complètement mis en œuvre à l’horizon 2018-2020. Mission clairement identifiée: se prémunir contre la menace de missiles iraniens. Il serait composé d’un radar ultra-puissant installé en Anatolie, de missiles déployés sur des frégates en Méditerranée et d’intercepteurs installés en Pologne et en Roumanie.

«Inévitablement, la Suisse, comme ses voisins, sera concernée dans la mesure où le bouclier va occuper une place considérable dans la stratégie de sécurité de l’Europe et risque de perturber les relations entre les Etats-Unis et la Russie. Même si, officiellement, c’est en priorité la menace iranienne qui est évoquée. C’est une donnée qui va influencer nos politiques extérieures», dit Bruno Rösli, sous-directeur de la politique de sécurité au Département de la défense. Pour la Suisse, qui a notablement développé ses relations avec la Russie ces dernières années, la politique extérieure entre Moscou et New York sera d’autant plus complexe, dit-on aux Affaires étrangères.

Faux souvenir de Guerre froide

Cela dit, si le bouclier devait apporter une sécurité accrue sur le continent européen, la Suisse neutre en profiterait, de la même manière qu’elle a profité du parapluie nucléaire américain durant la Guerre froide. Là s’arrêtera la comparaison. Contrairement aux années 80, durant lesquelles l’installation de missiles en Europe a nourri un fort mouvement pacifiste en Suisse également, la question du bouclier de l’OTAN ne devrait pas nourrir le débat intérieur ni avoir d’influence directe sur les débats de politique de défense, comme le choix de l’avion de combat ou les effectifs de l’armée. On est là dans une autre dimension.

«L’opinion ne perçoit pas de menace directe. La perspective d’une destruction massive n’a pas la réalité qu’elle avait durant la Guerre froide. La construction du bouclier est un projet qui apparaît lointain. Du point de vue technique, les défis à surmonter sont si énormes que l’opinion publique aura du mal à se sentir concernée», résume Bruno Rösli.