Pascal Couchepin a obtenu mardi auprès de Silvio Berlusconi les assurances qu'il était allé chercher à Rome. La présidence italienne de l'Union européenne est disposée à emboîter le pas des Grecs et affiche sa volonté de faire aboutir les négociations bilatérales bis. La déclaration de bonnes intentions du gouvernement italien n'est toutefois qu'une condition nécessaire, mais loin d'être suffisante, à la réussite de l'exercice. La Suisse doit pour sa part faire la moitié du chemin qui reste à parcourir pour parvenir à un accord. Si elle attend de l'UE que celle-ci surmonte ses préventions envers les termes du deuxième compromis proposé par Athènes lors de la dernière semaine de la présidence grecque, elle doit être prête à en faire de même. D'un côté comme de l'autre il s'agira de franchir un pas politiquement et psychologiquement significatif.

Le président de la Confédération n'a pas laissé planer la moindre ambiguïté sur les buts de son voyage. Il s'agissait de signifier à Rome l'intérêt de la Suisse à achever ces négociations. «Nous attendons beaucoup de la présidence italienne, a déclaré mardi Pascal Couchepin, et nous sommes convaincus que nous allons aboutir.»

Il a été payé de retour par les assurances du président du Conseil. «Nous allons mettre notre volonté au service de ces dossiers», a promis Silvio Berlusconi, qui devait qualifier de «piccolissimi» les problèmes qui restent ouverts avec la Suisse. Les climats des entretiens tenus mardi à Rome par Pascal Couchepin avec Silvio Berlusconi, comme avec le ministre de l'Intérieur, Giuseppe Pisanu, et le vice-président du Conseil, Gianfranco Fini, traduisent un état d'esprit plus favorable que ne le laissaient présumer, il n'y a pas si longtemps, les agressions verbales du ministre des Finances. Un seul bémol a été posé mardi: les Italiens, qui ont opté pour une politique de rigueur en la matière, s'inquiètent des effets que pourrait entraîner chez eux la libéralisation du marché du cannabis en Suisse.

Concrètement, les négociations bilatérales bis butent encore sur deux obstacles dans le dossier de la fraude douanière. Contrairement à Schengen/Dublin, où le dossier est techniquement bouclé, il y reste encore un espace ouvert à la créativité des négociateurs, sur les limites du blanchiment et sur l'entraide judiciaire pour l'évasion fiscale dans la fiscalité indirecte. L'octroi de l'entraide judiciaire en matière de fiscalité indirecte faisait précisément l'objet du dernier compromis vainement proposé par la présidence grecque. Là où l'UE a tendance à ne voir qu'un miroir aux alouettes – admettre l'existence de la fraude dans la fiscalité indirecte nécessite quelque agilité intellectuelle – la Suisse voit le doigt mis dans un engrenage qui finira par broyer le secret bancaire.

Kaspar Villiger, l'homme clé «Nous devons encore obtenir un certain nombre de précisions techniques avant d'obtenir un accord politique», admettait mardi Pascal Couchepin. Il s'agit d'imaginer quelle forme de coupe-feu pourrait être mise en place pour garantir que l'entraide judiciaire sur la fiscalité indirecte ne déborde pas plus avant, sur la fiscalité directe. Il s'agit également de trouver une formulation – le wording, dans le jargon des négociateurs – assez obscure et absconse pour permettre de donner satisfaction à tout le monde sans donner tort à personne.

Dès que cela sera fait, que le Conseil fédéral n'échappera plus, en fonction des assurances obtenues à Rome de la présidence européenne, à l'obligation d'opérer un choix entre les risques que présentent d'un côté les accommodements nécessaires à la conclusion d'un accord et de l'autre ceux qu'impliquerait un échec de la négociation. Dans la première hypothèse, il n'aurait pas besoin, tient-on de la meilleure source, de modifier son mandat de négociations. L'homme clé dans cette affaire demeure Kaspar Villiger, mis sous pression par les banques et angoissé à l'idée de prendre le moindre risque, quitte à faire échouer les négociations. Le ministre des Finances, qui quittera le Conseil fédéral à la fin de l'année, peut difficilement différer la décision et la laisser à son successeur.