Le 11 mars 2020, l’OMS décrétait l’état de «pandémie». Le 13, le Conseil fédéral prenait une décision historique en décrétant la fermeture des écoles et une sévère limitation des restaurants et des manifestation. Nous consacrons une série d’articles à cette année unique.

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«C’est quand même la première fois que la Suisse fermait ses écoles.» Ce père en a encore la voix qui tremble. Pour tous les parents d’élèves, ce fut LE marqueur de la pandémie: leurs enfants cantonnés à la maison, du 13 mars au 11 mai pour les primaires, jusqu’au 8 juin pour les classes secondaires II, postobligatoires et professionnelles. Avec toutes les conséquences sur l’organisation et l’ambiance familiale, en plus des questions lancinantes sur la continuité pédagogique et le passage, à l’arrache, au numérique.

Sous-équipement technique, multiplication des plateformes, immense hétérogénéité des prises en charge d’une enseignante à un autre: un an plus tard, la planète éducation est encore en plein débriefing pour comprendre ce qui n’a pas marché et ce qu’il aurait fallu faire, une question pas innocente du tout alors que l’ombre des nouveaux variants du coronavirus menace toujours.

«On a eu plein de profs largués pendant le confinement. La fermeture des écoles a amplifié les disparités, la fracture numérique est très marquée. Les impacts sur les élèves ont été terribles, c’est certain», reconnaissait samedi dernier le directeur général de l’enseignement secondaire II au DIP de Genève Sylvain Rudaz, lors du forum du FIFDH consacré à l’école (voir encadré plus bas). Il n’a pourtant reçu qu’une vingtaine de courriers de parents mécontents pour 26 000 élèves, et seulement 300 élèves ou apprentis environ ont dû avoir une dérogation pour passer, pour une question de niveau. «C’est encore très compliqué maintenant. J’espère que ça ne refermera pas.»

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«Un retard inimaginable»

Le numérique bouleverse la relation pédagogique en introduisant un 3e acteur à côté du binôme «savant» et «apprenant», et en modifiant la chronologie de l’apprentissage. Dès lors, tout le système doit se repenser et muter. Développement du collaboratif, différenciation des compétences individuelles avec des programmes personnalisés, matières repensées, classes inversées, introduction de nouvelles compétences: autant d’expériences rendues par le numérique qui est un moyen, mais non un but en soi. «On prend un retard inimaginable, regrette Alain Moser, le directeur de l’école privée du même nom qui a intégré le numérique dans sa pédagogie. Allez voir le pacte numérique à Berlin, le wifi dans les écoles…»

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La grande question sera celle de l’égalité devant le numérique. «La puissance publique devrait nous équiper et nous former identiquement», dit-on chez les enseignants. Même constat chez les élèves, alors que l’inégalité de leurs conditions d’apprentissage a éclaté au grand jour pendant le confinement. «L’école reproduit les différences de la Suisse, analyse Héloïse Durler, sociologue chargée d’enseignement à la Haute Ecole pédagogique vaudoise. On est dans des logiques plus libérales de responsabilité et de mérite.» Elle pointe les «croyances» qui entretiennent les inégalités comme le «piège» de l’autonomie, qui n’est pas donnée à tous mais s’apprend. Et elle prévient: «Ces inégalités ont des effets sur le reste de la société, les élèves abandonnés peuvent ensuite se poser la question de leur accès au débat public.»

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Un an pour changer l’école

«Le Temps» et Heidi.news lancent une année de reportages et d’enquêtes tous azimuts.

Et si des profs partaient avec des journalistes en Finlande étudier les recettes qui permettent à ce pays de briller lors des évaluations PISA? Et si une parente d’élève dans le public passait quelques jours dans un collège privé pour en comprendre les différences? Et si on allait voir des écoles qui font différemment? Et si toutes ces bonnes pratiques étaient ensuite publiées, pour composer un livre blanc, un bien public à la disposition de tous? C’est l’idée originale qu’ont eue Heidi.news et Le Temps, bientôt rapprochés par la Fondation Aventinus: labourer le champ de l’école pendant un an en mettant sur pied des binômes journaliste/parent d’élève ou prof, pour apporter des idées nouvelles et bonnes.

Faut-il réinventer l’école et, si oui, comment? Plus d’une centaine de personnes ont assisté samedi à ce débat organisé par les deux médias dans le cadre du Festival du film et forum international sur les droits humains de Genève (FIFDH). Parmi les suggestions des participants: investiguer les écoles expérimentales ou alternatives, les écoles bilingues, mais aussi les écoles en ligne, le home schooling. Interroger les formateurs dans les HEP, les psychopédagogues, les grands maîtres et maîtresses. Filer à Singapour, en Norvège, en Belgique mais aussi dans le Val-de-Ruz ou en Afrique. Tout ne sera pas possible, mais notre volonté est là. Vous retrouverez dans ces pages nos reportages au fur et à mesure, et le prochain FIFDH fera le point. Pour proposer vos idées, c’est ici: ecole.fifdh@heidi.news