Trois collaborateurs de l’Union suisse des paysans (USP) ont épluché le contenu de l’accord de libre-échange que la Suisse a signé samedi avec la Chine. Chaque ligne tarifaire a été analysée, soit 1100 lignes pour les denrées suisses exportables, 2300 pour les denrées chinoises importables. Où sont les failles? Qui gagne? Qui perd? Tour d’horizon.

Les paysans suisses ne feront pas des affaires

Actuellement, les Chinois prélèvent une taxe à l’importation s’élevant jusqu’à 20% de la valeur du produit. Cette taxe est abolie immédiatement pour certains produits suisses comme les crèmes glacées, les bonbons, le chocolat. D’autres produits ne seront plus taxés après un délai de plusieurs années. C’est le cas du beurre, de l’eau, de la nourriture pour bébés recherchée par les Chinois, du lait UHT ou du vin. Enfin, certaines taxes seront juste abaissées.

Première déception: les Chinois ne font pas de cadeau aux fromages suisses, dont la taxe passera de 9,8 à 4,8% dans un délai de dix ans. «Une réduction insignifiante qui ne fera pas décoller les ventes», estime Francis Egger, responsable du Département économie, formation et relations internationales à l’USP. Pour Jacques Chavaz, directeur suppléant de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), il s’agit néanmoins d’un succès, «qui offre à la Suisse un avantage par rapport à l’Union européenne».

Autre déception, selon Francis Egger, «les trois quarts des lignes tarifaires ne nous servent à rien, parce que nous ne produisons pas cette denrée, parce que nous ne sommes pas compétitifs dans cette gamme ou parce que la logistique ou le transport empêchent toute exportation. Ces lignes tarifaires sont là pour gonfler l’accord.» Exemple? La viande de crocodile, que la Suisse pourrait exporter sans taxes. Tout comme les dindes vivantes. Certains produits sont également exclus de l’accord, comme le jambon, car la Suisse voulait éviter la réciprocité.

La Suisse exporte en Chine des denrées alimentaires pour un montant annuel très modeste: 60 millions. Selon Francis Egger, il pourrait passer à plus de 200 millions, mais dans plusieurs années.

Les produits chinois sur nos étalages

Les produits chinois ne viendront pas concurrencer les produits suisses dits sensibles comme la viande, le lait ou encore les céréales, que les agriculteurs suisses produisent en quantité suffisante, et les rabais sont accordés dans le cadre strict des contingents tarifaires notifiés à l’OMC.

Quelques préoccupations tout de même. Il n’y aura plus de droit de douane sur le commerce des abats, dans les deux sens. Actuellement, les exportations de viandes chinoises sont bloquées pour des questions sanitaires. Mais à l’avenir? Risque-t-on de retrouver ces abats dans des lasagnes? Incertitudes également pour les fruits et légumes. Les contingents tarifaires s’appliquent pendant la saison de production en Suisse. Y aura-t-il une invasion de carottes chinoises en janvier, de fraises en février et d’asperges en mars?

L’USP a également repéré quelques baisses importantes de taxes sur les produits transformés, qui pourraient pénaliser indirectement les producteurs suisses. C’est le cas pour les pains d’épices, les biscuits additionnés d’édulcorant pouvant contenir du chocolat, certains produits transformés à base de pomme de terre, la margarine. Il est difficile d’analyser les effets de ces concessions, d’autant plus qu’elles sont accordées à d’autres pays.

Enfin, graines de tamarin, farines d’algue, et cheveux humains chinois passeront la frontière sans droits de douane.

Le consommateur choisira

En faisant ses courses, le consommateur suisse pourra trouver de la viande d’agneau de Chine plutôt que de Nouvelle-Zélande. Les asperges chinoises aussi pourraient remplacer les asperges péruviennes. Les distributeurs choisiront, ainsi que les consommateurs. Mais Jacques Chavaz rappelle que les produits chinois devront répondre aux mêmes normes que les produits suisses.

Probable oui, mais…

L’accord ne peut pas être modifié. Le parlement suisse ne peut que l’accepter ou le rejeter. L’USP organise ce vendredi une rencontre avec tous les secteurs agricoles concernés et adoptera une position définitive d’ici à la mi-août. L’USP soutiendra probablement l’accord sous conditions. Elle saisira l’occasion pour demander un renforcement de la traçabilité, de l’étiquetage, de la répression des fraudes. «L’ordonnance sur le Swissness doit également entrer en vigueur en même temps que l’accord avec la Chine», estime Francis Egger. Dans le monde paysan, il n’est en tout cas pas question de lancer un référendum. En l’état.