Une fois n'est pas coutume, à propos de Schengen, la Suisse se retrouve face aux pays de l'Ouest, dans le camp des nouveaux Etats de l'Union européenne. Comme eux, elle veut rejoindre rapidement l'espace de sécurité européen pour bénéficier de l'accès qu'il lui fournira au SIS2, le nouveau système d'informations Schengen alimenté par les polices européennes. Tout comme les nouveaux Européens, Berne peut craindre que la date butoir de mars 2007, à laquelle l'UE continue de s'accrocher, ne soit pas tenue. Même si personne en Europe ne veut encore assumer officiellement la responsabilité politique d'un délai, tous les observateurs l'annoncent.

Le rendez-vous de l'Eurofoot

A Berne, on travaille déjà officieusement sur une date d'entrée en vigueur au premier janvier 2008. Reste que, jeudi à Luxembourg où les Suisses en ont discuté avec les Européens, nul ne savait par exemple si lors du championnat d'Europe de football en juin 2008 la Suisse et l'Autriche collaboreront, en matière de sécurité, sous le signe commun de Schengen. Si on ignore leur importance, il y aura pourtant d'inévitables délais. Les nouveaux Etats et la Suisse devront compter avec les problèmes techniques d'installation et de mise en route d'une base de données informatique qui, dans sa version première, compte déjà 13 millions d'entrées. Supprimer les contrôles aux frontières suppose de plus qu'aux nouvelles dispositions informatiques, s'ajoutent de nouvelles infrastructures aéroportuaires comportant des zones Schengen et non-Schengen. Tout cela devra en sus faire l'objet d'une évaluation de la part d'inspecteurs de l'UE. La Suisse espère, sans pouvoir en être certaine, que l'inspection européenne aura lieu, pour elle, durant la seconde moitié de 2007.

Berne devra encore - et c'est là où l'opposition avec les anciens Etats membres est la plus vive - accepter les délais engendrés par la lourdeur technique que suppose l'introduction de nouvelles données biométriques dans le SIS2. Ce projet tient à cœur aux Espagnols et aux Français notamment qui sont prêts à prendre le temps qu'il faudra pour que la base de données intègre ces nouveautés. Ils sont d'autant plus à l'aise pour l'exiger qu'ils sont déjà membres de Schengen. Aux problèmes techniques, s'ajoutent des incertitudes politiques: nombre de députés européens pourraient donner de la voix contre la biométrie, reportant du coup l'adoption de la base légale du SIS2 et, par conséquent, l'entrée de la Suisse et des dix nouveaux Etats dans Schengen.

A noter que Berne devra aussi s'assurer que l'Union achève la ratification de l'accord, qui est aujourd'hui en cours. A cet égard, l'effet d'un éventuel référendum négatif sur le milliard d'euros promis par la Suisse pour aider les pays de l'Est serait, on l'imagine, dévastateur.

L'Euro 2008, projet commun

Tant la ministre autrichienne de l'Intérieur Liese Prokop que le conseiller fédéral Christoph Blocher ont évoqué jeudi l'Euro 2008, comme projet commun aux deux pays alpins. Pour la première, cette collaboration sportive à venir renforce la nécessité que la Suisse rejoigne un espace européen voué tout autant - sinon plus - à la sécurité qu'à l'ouverture des frontières. Pour le second, en revanche, la participation ou non de la Suisse à Schengen au moment de l'Euro 2008 ne devrait pas peser sur son déroulement. Son organisation a été décidée avant le vote populaire sur Schengen a fait valoir le chef du Département fédéral de l'intérieur. De fait, la Suisse a déjà fixé à l'automne passé des modalités de sa coopération sécuritaire et policière avec l'Autriche avec qui elle possède, comme avec tous ses voisins, un accord bilatéral de coopération policière. En théorie, le déroulement de l'Euro 2008 pourrait même être, au contraire, la cause d'un nouveau délai dans l'introduction de Schengen: il n'est pas rare - comme les Allemands s'apprêtent à le faire pour la Coupe du monde de foot - qu'un pays rétablisse les contrôles à ses frontières en cas de grand évènement international. La question est encore tout à fait hypothétique, souligne-t-on, à l'Office fédéral de la police à Berne où l'on veut d'abord observer de très près l'expérience allemande en 2006.