Moyen-Orient

La Suisse préfère que ses djihadistes soient jugés là où ils sont

Le gouvernement helvétique renvoie ses combattants islamiques à leur propre responsabilité. Pour préserver la sécurité nationale, leur rapatriement est exclu

Le couperet est tombé. La Suisse n’ira pas rechercher ses ressortissants adultes partis faire la guerre sainte. L’objectif premier est clair, dit la Confédération: «La sécurité de la Suisse et la protection de sa population passent avant des intérêts individuels.» Si Berne ne peut pas interdire leur retour – la Constitution garantit aux nationaux le droit d’aller et venir sur leur propre territoire – elle n’entreprendra aucune action pour les aider à regagner les Alpes. Exception de taille toutefois: un rapatriement peut être examiné pour des mineurs «dans l’intérêt de l’enfant». De nouvelles mesures policières antiterroristes seront par ailleurs bientôt soumises au parlement. La droite applaudit, la gauche hoche la tête.

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Des mesures encore floues

En l’état des connaissances, «une vingtaine de Suisses se trouvent actuellement dans la zone de conflit syro-irakienne», précise la Confédération. Le nombre de mineurs parmi eux n’est pas précisé, ni les modalités que prendrait leur rapatriement. Si aucun adulte n’a droit à une aide diplomatique helvétique, les familles devront-elles être séparées? «C’est une situation qui est assez difficile, concède Guido Balmer, le porte-parole du Département de justice et police. Nous ne pouvons toutefois clairement pas séparer un enfant de sa famille.» Chaque affaire sera traitée au cas par cas, indique le communicant. Sans davantage de détails.

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Quant aux djihadistes adultes, «ils ont choisi de quitter la Suisse pour faire partie d’une organisation terroriste, rappelle-t-il. En outre, toute personne qui réalise un séjour à l’étranger engage sa propre responsabilité et il n’existe aucun droit à la protection consulaire.» Si l’un de ces individus se présente de manière volontaire, la Suisse ne l’empêchera pas de rentrer mais, dit le communiqué du Conseil fédéral, «toutes les mesures seront prises pour empêcher le retour «incontrôlé» des personnes concernées». En résumé, Berne espère que les djihadistes sur le retour seront appréhendés aux frontières de l’espace Schengen afin de pouvoir sereinement organiser leur transfert en Suisse depuis un pays partenaire.

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Pour ce qui est de la question des poursuites pénales, le Conseil fédéral en fait l’un de ses principaux objectifs. «Les voyageurs suisses à motivation terroriste ne doivent pas rester impunis», souligne le gouvernement. Il indique toutefois que «dans la mesure du possible, la poursuite pénale et l’exécution d’une peine devraient se faire dans l’Etat où l’infraction a été commise tout en respectant les normes internationales». Vu l’état chaotique de la région, cela paraît bien compliqué. «Des discussions sont menées pour créer une juridiction internationale», répond Guido Balmer. Sans plus de détails là aussi. L’avènement de cette instance n’est «pas pour demain», concède le représentant du gouvernement.

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Une fracture politique totale

Au parlement, les avis ne pourraient être plus partagés. «Cette décision ne garantit pas la sécurité des citoyens», juge le conseiller national socialiste Carlo Sommaruga. «Le gouvernement ne veut pas de retours incontrôlés et espère que ces personnes seront arrêtées avant d’atteindre le pays. Mais nous n’avons pas de prise là-dessus! La preuve, dit-il, il y a déjà eu seize retours en Suisse.» Loin d’être convaincu, le Genevois juge ce catalogue de mesures «schizophrène et inapplicable». Mais tout le monde n’est pas de son avis, bien au contraire.

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Par voie de communiqué, le PLR suisse s’est ainsi réjoui de la décision: «Les personnes qui se rendent dans des pays en guerre et adhèrent de leur propre chef à de telles organisations ne peuvent ensuite faire appel à la solidarité helvétique», considère le parti bourgeois. L’UDC partage également cet avis. «Cette décision reflète l’opinion de la majorité des Suisses», estime le conseiller national Jean-Luc Addor (UDC/VS). «Il est également sage de ne pas sacrifier les enfants», salue-t-il. Mais sa compassion a des limites. «Si on veut profiter du rapatriement d’un mineur pour ramener sa mère avec, alors on ne ramène personne. Ces gens ont décidé de se battre contre notre civilisation, ils doivent assumer. La déchéance de nationalité doit aussi être envisagée.» Même si cela crée des apatrides? «Oui. Tout pour qu’ils ne rentrent pas.»

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