Aloisia Zehnhäusern a serré la main de Ruth Dreifuss et d'Elisabeth Kopp. Katharina Zehnhäusern est restée chez elle: elle avait tant vu de journalistes dans la semaine qu'elle n'en pouvait plus. Les deux octogénaires sont les héroïnes d'une aventure commémorée samedi dans le village valaisan d'Unterbäch. Le 2 mars 1957, elles ont fait partie des 33 Suissesses qui ont déposé pour la première fois un bulletin dans l'urne.

Ce jour-là, les hommes suisses se prononçaient sur le principe d'un service civil obligatoire pour les femmes. Le président de la commune, Paul Zehnhäusern, mari de Katharina, et le préfet de Rarogne Peter von Rothen ont décidé de consulter les femmes d'Unterbäch sur cette question qui les concernait directement.

L'initiative venait d'Iris von Rothen, féministe et femme de Peter. Elle a dû son succès à l'entêtement d'un village qui avait déjà démontré son indépendance d'esprit en obtenant de Jules II, en 1554, sa séparation de la paroisse de Rarogne. Le vote a été annulé mais il avait attiré les médias mondiaux. Les pionnières d'Unterbäch ont été suivies par les Neuchâteloises et les Vaudoises en 1959.

La commune, qui s'enorgueillit d'être le Grütli des femmes, avait décidé de fêter dignement le jubilé. Elisabeth Kopp, première conseillère fédérale et citoyenne d'honneur de la commune, Ruth Dreifuss, première présidente de la Confédération et Ursula Wyss, présidente du groupe parlementaire socialiste aux Chambres fédérales étaient de la partie, ainsi que le conseiller d'Etat Thomas Bürgener.

Les orateurs ont rappelé la distance qui reste à parcourir sur le chemin de l'égalité: salaire égal pour le même travail, structures d'accueil et horaires scolaires déchargeant les mères de famille notamment. Ils ont aussi salué le courage de celles qui s'y sont engagées les premières.

Au courage, a noté Ruth Dreifuss, Unterbäch a ajouté cette note de fantaisie politique qui permet de faire avancer les idées pionnières. La commune persiste: elle a invité la présidente de la Confédération à fêter le 1er Août. Et Micheline Calmy-Rey, qui s'y connaît en gestes symboliques, a promis de faire un saut après la cérémonie du Grütli.