Transports

La Suisse redoute désormais le routier polonais

La branche suisse des transports redoute l’allégement d’un dispositif protectionniste connu sous le nom d’interdiction de cabotage. Aucune négociation n’est en cours entre la Suisse et l’UE. Mais les pays de l’est européen mettent la pression

La peur du plombier polonais. C’est ainsi que l’on résumait les risques de la libre circulation des personnes lorsque la Suisse a voté sur le sujet. On craignait alors que le bas niveau des revenus des installateurs sanitaires est-européens ne déclenche un dumping salarial général. Ce sont désormais les chauffeurs polonais, roumains, bulgares ou lituaniens que le monde helvétique du transport redoute. Les Routiers suisses, l’Association suisse des transporteurs routiers (Astag) et l’Union des transports publics (UTP) se mobilisent pour leur barrer la route.

Ils ont peur que la Suisse ne lève l’interdiction du cabotage. Ce nom désigne la prise en charge de marchandises ou de personnes à l’intérieur d’un pays A par un transporteur venant d’un pays B. En Suisse, c’est interdit. Un camionneur ou un autocariste allemand ou français n’a pas le droit de véhiculer des biens ou des voyageurs entre Zurich et Lausanne ou entre Neuchâtel et Sion. Il ne peut offrir ses services que si le point de départ ou d’arrivée se trouve à l’étranger. Cette règle découle de l’accord bilatéral sur les transports terrestres. Or, «le risque existe que la Suisse sacrifie l’interdiction du cabotage dans le cadre de la négociation d’un accord institutionnel avec l’UE», pense le président de l’Astag, Adrian Amstutz (UDC/BE).

Aux départements des Affaires étrangères et des Transports, on dément. La suppression de l’interdiction du cabotage terrestre n’est pas à l’ordre du jour. La Suisse et l’UE négocient en revanche la libéralisation du cabotage dans le domaine du transport aérien.

Concurrence des autobus low cost

D’où proviennent les craintes des trois organisations? Des pressions exercées par les Etats orientaux et baltes en faveur de la libéralisation du convoyage de fret au sein de l’UE. De nombreux chauffeurs de ces pays parcourent déjà les routes de l’UE à des conditions salariales plus basses que leurs concurrents ouest-européens. Or, certaines exceptions ont déjà été admises. Ainsi, trois opérations de cabotage sont permises sur une période de sept jours. Cette concession a été décidée dans le but de réduire le nombre de déplacements à vide.

Les transporteurs suisses craignent que l’UE ne demande à la Suisse d’assouplir elle aussi la règle. Les Routiers suisses viennent d’écrire à Ignazio Cassis. Selon eux, cela engendrerait des «problèmes existentiels» pour la branche. Ils dressent un tableau apocalyptique: 80 000 emplois seraient en jeu. L’Astag et l’UTP ont commandé une étude au bureau Ecoplan pour tenter d’évaluer les conséquences d’une telle décision. Les pertes de parts de marché sont estimées à 12% pour le transport de marchandises par la route, à 6% en trafic ferroviaire international et à 30% dans le secteur des autocars.

Lire aussi: Bus longue distance en Suisse: le Conseil fédéral brise un verrou

Flixbus amendé

L’autorisation du cabotage permettrait en effet à des autocaristes tels que Flixbus de faire du transport intérieur. Cette société allemande a déjà posé un essieu en Suisse: elle propose des liaisons avec lieu de départ ou d’arrivée en Allemagne ou en France et arrêts à Fribourg, Lausanne et Genève. De nouvelles haltes sont prévues à Neuchâtel, Yverdon, Montreux et Martigny. Officiellement, elle n’a pas le droit d’embarquer des passagers entre deux villes suisses. Mais c’est impossible à contrôler. Flixbus a d’ailleurs été condamné à une amende de 3000 francs pour avoir embarqué des passagers entre Zurich et Bâle. L’Astag et l’UTP demandent des sanctions plus dissuasives, comme le séquestre du véhicule fautif ou des amendes salées.

Publicité