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La Suisse refuse un visa à l’ex-milicien congolais

Acquitté par la Cour pénale internationale, indésirable aux Pays-Bas, pas bienvenu en Suisse, Mathieu Ngudjolo Chui doit être renvoyé le 1er mai en République démocratique du Congo. Sa défense se démène pour empêcher ce retour dépeint comme trop risqué

La Suisse refuse un visa à l’ex-milicien congolais

Justice Acquitté par la CPI, Mathieu Ngudjolo Chui doit être renvoyé le 1er mai

L’avenir s’assombrit pour Mathieu Ngudjolo Chui. Sans surprise, l’ambassade de Suisse à La Haye a refusé mardi le visa humanitaire demandé par l’ex-milicien congolais, acquitté par la Cour pénale internationale et détenu depuis lors à l’aéroport de Schip­hol, aux Pays-Bas, en vue de son expulsion. Le billet d’avion pour Kinshasa, via Nairobi, a déjà été réservé par les autorités néerlandaises. Le départ est prévu le 1er mai à 21h00. Sauf si sa défense, qui continue à s’agiter dans tous les sens, parvient à empêcher un retour au pays considéré comme trop risqué.

Course contre la montre

L’avocate genevoise Saskia Ditisheim était encore à La Haye en ce début de semaine pour voir ce client pas comme les autres et tenter de convaincre la diplomatie helvétique (LT du 14.04.2015). En vain. Le visa est refusé avec la mention: «L’objet et les conditions du séjour envisagés n’ont pas été justifiés.» Un comble, souligne l’avocate, qui clame urbi et orbi le danger guettant cet ancien prévenu qui a abondamment mis en cause le cabinet du président Joseph Kabila lors du procès.

Un procès qui s’est bien terminé pour Mathieu Ngudjolo, 44 ans, milicien au sein du Front des nationalistes et intégrationnistes, puis chef d’état-major, qui est devenu le tout premier innocenté de la CPI. Les juges n’ont pas acquis la conviction que cet ancien infirmier avait donné des ordres au moment de l’attaque du village de Bogoro en 2003 et du massacre des civils dans cette région de l’Ituri. A la minute où l’acquittement a été confirmé en appel, la police néerlandaise venait chercher l’intéressé aux fins d’expulsion. «Ce qui me choque le plus dans cette affaire, c’est le rôle trouble joué par le greffe de la cour. C’est scandaleux d’avoir mis mon client dans cette situation», s’emporte Me Ditisheim.

Aux Pays-Bas, le recours de Mathieu Ngudjolo n’a pas abouti. Le 23 mars dernier, le juge a rejeté sa demande d’asile au motif que le risque lié au retour en République démocratique du Congo n’était pas démontré. Une voie étroite est encore ouverte au niveau politique mais la défense n’y croit pas trop. «Tout le monde se renvoie la balle», constate l’avocate.

D’ici à vendredi, des demandes de visa seront encore déposées dans les ambassades des Etats-Unis, de Cuba, d’Allemagne, de Suède, du Venezuela et d’Uruguay. Un recours peut-être aussi contre le refus de l’ambassade de Suisse. Du fond de sa prison administrative, Mathieu Ngudjolo, enregistré par son avocate, espère encore: «Je place ma confiance dans ces Etats afin que le pire n’arrive pas.»

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