Quelques chiffres ont été articulés. Mais ils manquent pour l’instant de précision. Logique. Il est certes déjà possible d’estimer l’ampleur des aides qui ont été débloquées et des montants qui sont et seront sollicités auprès des assurances chômage ou perte de gain. Mais bien malin celui qui serait aujourd’hui capable d’évaluer le manque à gagner fiscal que vont générer la paralysie économique de ces dernières semaines et la reprise partielle qui se dessine.

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Avant même de pouvoir poser un diagnostic en milliards, une question s’impose déjà: comment compenser ces pertes? Alors que reprennent les affaires politiques cette semaine, avec le début de la session parlementaire extraordinaire, on peut s’attendre à d’intenses discussions sur la facture de l’épidémie. Mais l’on peut déjà parier qu’elles seront plus vives que le débat sur la façon de la financer et de la payer. Car il ne se trouve à peu près personne aujourd’hui pour évoquer une hausse des impôts à court et moyen terme. Pas pour les entreprises, et encore moins pour les ménages.

Il y a bien le Parti socialiste, qui voudrait faire payer les plus fortunés. Une sorte d’appel à la solidarité qui, s’il a bénéficié d’un certain écho médiatique et public, risque de ne pas trouver beaucoup de relais à Berne.

L’emprunteur le plus sûr

Il y a un point qui devrait mettre tout le monde d’accord. La gauche doit désormais insister pour que le frein à l’endettement fasse son œuvre. Et sur le fait que la frustrante discipline financière qu’elle a tant combattue doit maintenant profiter à tous. La droite, elle, jouit d’un moment rêvé pour montrer qu’elle avait raison. Que la stratégie qu’elle a défendue depuis vingt ans était pertinente. S’être interdit tout excès, même dans les années fastes, avait cet objectif: bénéficier, aujourd’hui, de cet amortisseur de crise.

Grâce à ce mécanisme, la Suisse est deux, trois, voire quatre fois moins endettée que ses voisins et partenaires économiques. Elle se retrouve en plus dans une position où la dette, justement, ne lui coûte (à peu près) rien. Parce que les taux sont bas, mais aussi parce que les prêteurs considèrent le pays comme un emprunteur plus sûr qu’à peu près n’importe qui d’autre.

En dépit des turbulences sur les marchés financiers depuis la mi-mars, les taux à 10 ans de la Confédération sont toujours négatifs. Autrement dit, les prêteurs restent prêts à payer – presque 0,5% d’intérêt par an – pour prêter à la Suisse.

Il n’y a qu’à s’endetter? Ce serait un peu simpliste de le présenter ainsi. Le dispositif du frein à l’endettement s’accompagne d’une série d’obligations et de contraintes à respecter. Mais quel individu, ou collectivité, au cours de ce printemps si particulier, n’a pas fait d’exception aux règles qu’il s’était lui-même fixées?